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Version Française 👇

Les fantômes du passé
par Navid Shahzad

Le barrage d’opinions concernant les changements dans la narration de Sefirin Kizi (La fille de l’ambassadeur) a varié entre le très critiqué et le bien accueilli. La série a commencé comme un récit lyrique et complexe d’un amour d’enfance incapable de survivre aux limites humaines—de façon dramatique comme dans la vie réelle. Le départ déploré de Neslihan en plus de l’arrivée de nouveaux écrivains ont créé une agitation sans précédent qui a menacé de mettre en péril l’ensemble du projet. Si la série s’est poursuivie, c’est en grande partie grâce aux efforts particuliers des maisons de production NG Media et O3 Turkey Medya pour engager une nouvelle star féminine très aimée ainsi que de nouveaux scénaristes très respectés, sans oublier les efforts herculéens des autres acteurs et de l’équipe qui ont fait un effort exceptionnel pour maintenir la série à flot. Le mérite en revient notamment à l’inépuisable endurance des acteurs dirigés par Engin Akyürek et la petite Beren Gençalp qui ont réenregistré un épisode entier d’une durée de plus de deux heures, en un temps record de quatre jours par temps glacial. Cela aurait été la moindre des choses que le public puisse appréciation sincèrement le professionnalisme dont chacun a fait preuve. 

Malheureusement, la plupart des spectateurs ne sont pas conscients de l’énorme travail émotionnel, intellectuel, physique, logistique et financier qu’implique le tournage d’un seul épisode, pour ne pas parler d’une série entière, quelles que soient les préférences personnelles. On s’attendait donc à ce qu’un peu de répit soit accordé pour surmonter les problèmes de démarrage de la série avec l’introduction d’une nouvelle tangente intéressante dans la légende de la fille de l’ambassadeur. Malheureusement, le fait de limiter le(s) scénariste(s) supplémentaire(s) à l’empreinte KPA, d’interrompre et d’anticiper une nouvelle direction du scénario, y compris un changement notable dans le personnage de Sancar, n’a fait que brouiller l’atmosphère, ce qui a rendu difficile aux téléspectateurs qui ne font pas de commentaires de s’acclimater à la possibilité d’une nouvelle intrigue. Avec un changement massif et sans précédent de l’acteur principal survenu au milieu d’une série très acclamée, ce n’est rien de moins qu’un miracle que la série ait survécu grâce à une injection massive d’investissements. Dans l’épisode 38, c’est la mystérieuse inconnue qui est sauvée par Sancar, alors qu’en réalité, c’est « l’inconnue » qui a aidé à redonner vie au navire Sefirin Kizi pris au piège dans une violente tempête !

Des projets tels que Sefirin Kizi, dont les acteurs principaux très en vue perçoivent des honoraires astronomiques, encourent des coûts d’investissement considérables avec un enjeu énorme, et comptent beaucoup sur les revenues publicitaires plutôt que l’opinion publique pour continuer à opérer.  Les sociétés de production mettent leur réputation en jeu autant qu’elles misent sur d’énormes investissements lorsqu’elles financent une série. Avec près de 50 % du budget alloué à l’engagement des meilleurs acteurs possibles, ce qui garantit la longévité de la série ainsi qu’une publicité assurée, la durée, soit le nombre d’épisodes, peut se révéler un cauchemar financier. Planifier la programmation à l’antenne, ce qui n’est ni plus ni moins qu’une sorte de mini bataille avec les chaînes de télévision, s’avère être une autre étape statistique peu enviable.  La concurrence acharnée à chaque diffusion fait que les sociétés de télévision sont impitoyables lorsqu’il s’agit de réduire ou d’abandonner des programmes au premier signe d’une baisse de la publicité. Surveillées de près au troisième, sixième et treizième épisode en vue d’une diffusion ultérieure, les séries dramatiques sont particulièrement difficiles pour les scénaristes. Contrairement aux États-Unis, on attend des séries Turquie un scénario d’au moins deux heures et demi par semaine, qui souvent doit être réécrit selon la baisse ou la hausse du classement de la série, ce qui explique l’épuisement des scénaristes de l’équipe précédente et la nécessité d’un nouveau regard sur le script après le départ de Neslihan Atagül.  

Le fait que le premier volet de la série se rapportait plutôt à la création d’une « légende » alors que le scénario actuel apparaît moins mythique et plus proche de la réalité de tous les jours, a engendré des commentaires variés. De toutes façons, l’histoire du premier amour de Sancar appartient maintenant au passé, tandis que la mort de Gediz signifie que Sancar a définitivement tourné la page sur une phase de sa vie qui comprenait son très cher ami et partenaire. Nare continuera toujours à jeter une ombre sur la vie de Sancar tout autant qu’elle affectera Melek jusqu’à ce que tous deux puissent enfin accepter l’inéluctabilité de son absence. Le thème de deux mondes à part, qu’il portait déjà en lui comme un obstacle dans son ancienne vie, réapparaît avec la venue de Mavi, image de la femme d’affaires « moderne » en contraste avec un Sancar strictement lié aux traditions et enraciné dans une vie toute tracée par ses ancêtres. Il faudra attendre de voir si cette question deviendra aussi litigieuse que celle qui opposait Sancar à Nare. Cependant, nous devons reconnaître que Sancar a su constamment évoluer, ce qui est visible dans son comportement beaucoup moins dictatorial et dans ses traits nettement adoucis du fait de son admission de culpabilité.

L’arôme des soufflés au chocolat légèrement montés, accompagné du parfum enivrant du café fraîchement préparé, réchauffe l’intérieur du minuscule café, tandis que Sancar aide Mavi à servir le dessert saupoudré de sucre en y ajoutant une cuillérée de crème. C’est un moment et un lieu de rencontre étrange pour deux personnes qui ne sont pas tout à fait sûres de leur relation. Pourtant ils s’installent tous deux, satisfaits de pouvoir partager ensemble de telles gourmandises ! La surprise de Sancar en voyant Mavi « à l’allure de princesse » prouver ses talents culinaires et les taquineries de celle-ci à propos de l’image « macho » projetée par l’Efe, ne font que renforcer le fait que les gens ne doivent pas être jugés sur leur apparence car invariablement, ils sont bien plus que ce qu’ils paraissent être. Alors qu’ils dégustent le savoureux soufflé, leur camaraderie détendue indique à quel point Sancar peut se sentir complètement à l’aise avec la jeune femme assise en face de lui, bien qu’il ne l’ait rencontrée que récemment. La scène ne fait que renforcer le fait que les êtres humains interagissent entre eux de façon mystérieuse.  En effet, un inconnu peut parfois nous paraître tout à fait familier, alors que pour des personnes que l’on aurait connues toute notre vie, soudainement ils nous semblent étrangers. Le langage corporel d’Akyürek montre à quel point Sancar est à l’aise alors qu’il est assis décontracté, qu’il lèche le dos de sa cuillère, qu’il fait de grands sourires et qu’il rit même de bon cœur en partageant quelques détails sur son enfance. Il est vif à répondre à la critique de Mavi sur son aspect d’homme macho. Il raconte l’héritage familial du nom Efe, décrit son père, homme de bonnes manières devant faire face à une épouse aux rêves ambitieux, et explique l’imposition d’une image de mâle alpha sur ses épaules dès son plus jeune âge.  

Il est facile durant ces quelques instants d’oublier ses soucis et de simplement profiter du moment car la condition de Melek a eu un effet dévastateur sur un Sancar déjà accablé par son propre chagrin et devant en plus assumer les responsabilités de sa propre famille et de son entreprise. Quelque temps auparavant à la cabane, nous avons vu un homme sur le point de craquer émotionnellement car il se reprochait de ne pas avoir été assez vigilant pour déceler la profonde tristesse de Melek. C’est Mavi qui l’a apaisé et calmé, comme la bienvenue d’une pluie de printemps par une chaude journée ou une brise fraîche chargée du parfum de fleurs sauvages flottant dans une pièce fermée. Ses mots réconfortants, soigneusement choisis, aident à desserrer la tension asphyxiante dans la poitrine de Sancar qui menace de l’étouffer, tout autant que la douce caresse portée sur son visage après l’analyse de sang de Melek l’avait pris par surprise.  

L’épisode 41 développe quatre histoires simultanément alors que l’on continue à voir un Güven Çelebi toujours aussi vigilant qui attend le moment venu pour descendre comme un faucon sur Sancar à la moindre faiblesse apparente. Dans sa poursuite acharnée de l’homme qui a engendré sa petite-fille, Çelebi est aussi impitoyable que vindicatif. S’abaissant au point d’utiliser la vulnérabilité de sa propre petite-fille, Çelebi semble déterminé à détruire la relation de Sancar avec sa fille tout en lui causant encore plus de peine qu’il n’en a déjà. En outre, ce qui nous laisse perplexe, c’est le manque d’éthique professionnelle de Müge pour le secret médical obligatoire entre docteur et patient, qui est non seulement le droit fondamental du patient mais aussi un canon de l’éthique médicale. Le fait de discuter de l’état de Melek, même avec son grand-père qui est si ouvertement hostile au père de l’enfant, relève pour le moins de l’idiotie, sans parler du risque de radiation de la profession dans le pire des cas.  Müge apparaît comme l’un de ces personnages dont nous avons une vision très ambivalente. Bien qu’attentionnée et pleine de compassion, avec énormément d’affection pour son frère, elle et sa mère restent désormais des personnes à part entière dans les responsabilités familiales élargies de Sancar. Ce dernier, pour sa part, a toujours été plus qu’un véritable ami de la famille Isikli, puisqu’il il a tenté de protéger Müge même après avoir appris sa dangereuse et imprudente association avec Akin dans le passé et a accepté la responsabilité de la famille de Gediz après sa mort. C’est là un trait de caractère que nous trouvons des plus attrayant chez Sancar, mais il est plutôt mal servi par les indiscrétions de Müge.

Alors que Çelebi complote pour enlever Melek à son père par des moyens légaux ou illégaux, il place des espions sur Sancar, enregistre des conversations entre lui et la petite fille au cœur brisé et va même jusqu’à kidnapper Melek une fois de plus. Contrecarré par la rapidité d’esprit de Sancar, c’est Mavi qui réprimande Sancar et Çelebi alors qu’ils sont furieusement en train de se battre.  Melek, terrifiée, est ramenée à la maison par un père en larmes et les deux se réconcilient avec encore davantage de larmes et de câlins au manoir. Ce n’est pas la seule chose qui ne va pas au grand manoir d’Efe, car Elvan, elle-même, se retrouve en pleurs en compagnie de Bora alors qu’elle prend un café matinal avec lui.  Prouvant une fois de plus qu’il est parfois plus facile de se confier à un inconnu, l’ancienne belle-fille de Halise est une femme qui n’a jamais été estimée ni par son mari ni par la matriarche elle-même. Aimée de tous, en particulier de Sancar pour sa spontanéité et son grand cœur, Elvan a reçu un coup terrible de cette même femme qu’elle a admirée et aimée toute sa vie d’adulte. Reléguée en grande partie parce qu’elle n’est pas instruite, Elvan est l’exemple typique du potentiel féminin inexploité et il lui faut l’aide d’un étranger pour qu’elle puisse se découvrir et réaliser tout ce dont elle est capable. C’est donc à partir de ce point que les histoires d’Elvan et de Sancar commencent à se dérouler en parallèle puisque c’est la présence d’étrangers dans leur vie qui commence à faire pencher la balance entre leur présent et leur passé, tout en indiquant la possibilité de poursuivre de nouvelles avenues dans la vie des deux.

La saga de Dudu et Yahya apparaît sur le point de chavirer car un Ahmet longtemps absent semble commodément vouloir « réclamer » sa femme et peut-être même son enfant. On peut nous pardonner notre cynisme face à l’habile manipulation du scénario pour offrir une issue de secours peu crédible au pauvre Yahya et à ses plans grandioses pour accueillir un héritier mâle. Pris au piège entre toute une vie de tentatives pour se débarrasser d’un douloureux manque de confiance en soi et une virilité récemment découverte, Yahya ferme les yeux sur tout sauf sur le rêve chimérique qu’il s’est lui-même construit, à savoir son mariage imminent, le retour au manoir et son fils qui va bientôt naître. Même les signaux d’avertissement clairs que Sancar lui donne ne parviennent pas à détourner l’attention de Yahya de sa quête acharnée de légitimité pour Dudu et son enfant, qui est douloureuse à regarder, d’autant plus que Halise connaît la vérité sur le prochain héritier Efe. La panique de Dudu est bien méritée, car son personnage n’a pas réussi à susciter la moindre sympathie malgré les efforts déployés pour mettre en évidence son enfance démunie et frappée par la pauvreté.  

Au beau milieu de toutes ces tangentes, nous sommes réconfortés par la tendre relation qui s’est tissée, à l’image des fils d’une toile d’araignée, entre Sancar et Mavi. Prenant soin de dissimuler sa propre peine alors qu’elle pleure en solitaire en entendant la voix gazouillante de sa fille, nous commençons à avoir une idée de la façon dont l’accident, qui a coûté la vie à son enfant, a pu se produire et des raisons pour lesquelles elle s’en rend responsable. Alors même qu’elle ferme les yeux et répète à quel point son enfant lui manque, nous ne pouvons pas nous empêcher d’être frappés par la force de caractère de Mavi. Le fait qu’elle puisse faire preuve d’empathie pour Sancar, le calmer, accompagner une Melek effrayée pour sa prise de sang, lui tenir la main et l’embrasser, montre le lien spécial mais inexplicable qui existe entre une mère sans enfant et une enfant sans mère. Au soulagement et à la grande joie de Sancar, Mavi et Melek semblent s’entendre.  

Il ne faut donc pas s’étonner que la brève mais significative réunion sucrée au chocolat au café ait pour conséquence que Sancar dorme jusqu’à 10 heures le lendemain matin ! Il est évident que Mavi exerce une influence thérapeutique autant sur le père que sur l’enfant car, après bien longtemps, Sancar semble suffisamment détendu pour pouvoir dormir toute la nuit, ce qui réjouit énormément Melek. Nous devons comprendre que Sancar avait presque oublié ce que c’était que d’entendre une femme lui parler doucement et gentiment, sans mentionner l’impression ressentie au toucher d’une jolie et douce main lui caressant la joue, ou à quoi ressemblait le son des éclats de rire d’une femme, ou encore les tressautements de son cœur à la simple vue de quelqu’un dont il se souciait profondément. Dans la nature, après un hiver particulièrement rude, le printemps qui suit arrive de façon hésitante, comme s’il craignait un gel tardif. Le cœur glacé et triste de Sancar est témoin des tentatives traumatisantes de l’enfant chérie pour accepter l’absence de sa mère alors qu’il remet à Melek la dernière lettre de sa mère à son attention. Les lambeaux de papier scotchés sont symptomatiques de la vie de Sancar qui tente jour après jour, sans succès, de recoller les détails d’un passé douloureux tout en cherchant des réponses aux questions qui le tourmentent nuit et jour. Le seul répit qu’il peut obtenir se trouve en la compagnie d’une femme qui agit comme un baume réparateur pour son âme souffrante. Avec sa vie en lambeaux, sa fille malade de chagrin, sa mère constamment après lui à le harceler à propos de ses responsabilités, Sancar apparaît comme un homme qui a désespérément besoin de compréhension, de tendresse et de compassion, et tout cela il peut le recevoir des mots et du toucher d’une jolie femme nommée Mavi.

Alors que Çelebi prépare son attaque contre Sancar avec l’aide des Services de sécurité de l’enfance de l’Etat et qu’il réclame une inspection, la pauvre Melek, esseulée, est trompée en croyant que le retour de sa mère est tributaire de la disparition de Mavi de la vie de Sancar. Le fait qu’une enfant aussi gentille et généreuse que Melek puisse pousser un autre enfant ou dire à Mavi de laisser son père tranquille prouve à quel point elle est perturbée. Un grand-père impitoyable qui exerce une pression supplémentaire sur une enfant profondément blessée avec des arguments fallacieux promettant de lui donner la meilleure éducation possible, constitue un argument des plus ridicules puisque nous avons déjà été témoins du gâchis qu’il a fait de la vie de sa propre fille. De son côté, Mavi est anéantie par le fait que Melek semble vouloir garder agressivement son père pour elle toute seule et pour désirer le retour de sa mère.  

Alors que Sancar et Mavi se rencontrent sur une plage balayée par le vent et qu’ils marchent ensemble dans un silence inhabituel, Sancar demande à son amie pourquoi elle reste si silencieuse.  S’excusant par avance s’il l’aurait blessée par inadvertance, Sancar semble tout à fait déconcerté face à l’humeur taciturne de Mavi. Lorsqu’elle finit enfin par parler, c’est comme si le sang s’était arrêté de couler dans ses veines et il s’arrête net.  S’attendant à tout, du genre commérages de village ou autre remarque désobligeante, Sancar a du mal à en croire ses oreilles et il refuse de serrer la main de Mavi alors qu’elle lui fait ses adieux.  Affectueusement enfantin et visiblement perplexe, Akyürek garde les mains serrées dans son dos comme un petit enfant têtu à qui on a demandé quelque chose qu’il ne veut pas faire. Alors que Mavi s’éloigne de lui, il se retourne pour la regarder avec un soupçon de sourire sur le visage comme s’il s’émerveillait de son destin qui semble l’avoir condamné à une solitude perpétuelle. Mavi n’est pas la première femme à avoir fait battre le cœur de Sancar ni la première à s’éloigner en nous rappelant la métaphore de John Donne lorsqu’il compare les amoureux aux aiguilles d’une boussole. Lorsqu’une aiguille s’éloigne de l’autre, celle qui reste fixe se penche vers l’autre jusqu’à ce que le vagabond revienne au centre et que les deux puissent être réunis. Mavi aussi semble se pencher vers l’homme qui s’est frayé un chemin dans son cœur meurtri et a ravivé une petite flamme, alors qu’elle se retourne pour revenir vers l’homme à qui elle vient tout juste de faire ses adieux. Alors que le vent soulève le col du manteau de Sancar et que les eaux qui clapotent doucement sur le rivage se transforment en un argent pâle, un ciel bleu observe Mavi qui prend tendrement entre ses deux mains le visage de Sancar, comme on placerait délicatement des ailes de papillons. Le soleil illumine les beaux yeux étrangement colorés de Mavi qui s’arrête un instant pour regarder l’homme dont elle est tombée amoureuse mais qu’elle se sent obligée de quitter. S’ensuit un premier baiser tendre et doux de pure affection auquel Sancar répond avant que Mavi ne se retire de l’étreinte et, sans un mot ou un regard en arrière, elle s’éloigne de lui.

La capacité d’Akyürek à faire parler même le silence à sa place est visible une fois de plus alors qu’il regarde s’estomper la silhouette de Mavi avec une expression mixte de surprise, de désir, et de ce qui ne peut être traduit que par une faible lueur d’espoir.  La caméra s’attarde sur ce dernier moment, puis se rapproche suffisamment du visage d’Akyürek comme pour nous permettre de lire dans ses pensées ou nous offrir un coup d’œil au plus profond de l’âme vigoureuse mais meurtrie de Sancar.

Traduit par Faryal/Roselyne

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Version Anglaise 👇

Ghosts from the Past
By Navid Shahzad

The barrage of opinions concerning the changes in the narrative of Sefirin Kizi have ranged from highly critical to welcoming. The Ambassador’s Daughter started out as a lyrical, complex tale of a childhood love unable to survive human limitations – dramatically as well as in real life. Neslihan’s unfortunate departure coupled with the entry of new writers created an unprecedented stir which threatened to jeopardize the whole project. That the series continued, is in large measure due to the special efforts of the production houses NG Media and O3 Turkey Medya in engaging a much loved new female star as well as highly respected fresh writers matched by the herculean efforts of the remaining ensemble cast and crew who put in an exceptional effort to keep the series afloat. In particular, credit must go to the inexhaustible stamina of the actors led by Engin Akyürek and little Beren Gençalp who rerecorded an entire episode with a duration of over two hours, in as brief a time as four days during freezing weather. If anything, the combined audience response should have been one of unadulterated appreciation for the professionalism shown by everyone.

Unfortunately, what most audiences fail to recognize is the enormous amount of emotional, intellectual, physical, logistic and financial labor that goes into shooting a single episode, let alone an entire series regardless of personal preferences. One had expected therefore, that a little bit of breathing space would be granted to overcome the teething problems of the series with its introduction of an interesting new tangent in the legend of the Ambassador’s daughter. Unfortunately, limiting the additional writer(s) to a KPA stamp, preempting and second guessing the direction of the screenplay including a perceived change in Sancar’s character only muddled the air, making it difficult for non-commentating audiences to acclimatize themselves to the possibility of a fresh plot. With an unprecedented massive change of lead player occurring in the midst of a highly acclaimed series, it is nothing short of a miracle that the series has survived through a massive injection of investment. In Ep 38, it is the mysterious stranger who is rescued by Sancar whereas in actual fact, it is the ‘stranger’ who has helped breathe new life into the Sefirin Kizi ship trapped amidst a fierce storm!

Projects such as Sefirin Kizi with high profile lead actors being paid astronomical fees and enormous investment costs have a great deal riding on them, and stay afloat on the basis of advertising revenue rather than popular comments. Production companies lay their reputations on the line as much as huge investments when they finance a series. With almost 50% of the budget allocated for roping in the best actors possible which ensures longevity as well as advertisements, the time line/number of episodes can prove to be a financial nightmare. The on air scheduling is another horrendous statistic to be planned and fought out like a mini battle with TV outlets. With cut throat competition dogging every airing, TV companies are ruthless about curtailing or dropping programs at the first sign of a drop in advertising. Monitored carefully at the third, sixth and thirteenth episode for further airing, drama series are especially difficult for writers. Unlike the US, Turkish series expect a fresh screenplay stretching over two and a half hour every week, which is quite often rewritten with an eye on the fall or rise of ratings explaining the ‘writer burnout’ of the previous screenplay team and the need for a fresh look at the story line after the exit of Neslihan Atagül.

The fact that the earlier part of the series concerned itself with creating a ‘legend’ while the present screenplay is less mythic and more every day has solicited very mixed reviews. For all practical purposes, the story of Sancar’s first love belongs to a past, while the death of Gediz signifies Sancar’s permanent farewell to a phase of his life which featured his dearest friend and partner. Narê will continue to cast a shadow on Sancar’s life as much as she will affect Melek until such time as both can come to terms with the inevitability of her absence. Of all the baggage that Sancar carries from his previous life, the theme of two different worlds promises to continue with Mavi representing a ‘modern’ career woman as opposed to the tradition bound Sancar rooted in the life that his forefathers chalked out for him. Whether this will become as contentious an issue as it was between Sancar and Narê, we will have to wait and see. But we must appreciate that Sancar has been constantly evolving – visible in his far less dictatorial behavior and a positive mellowing in the face of his admission of guilt.

The aroma of softly risen chocolate soufflés accompanied by the heady scent of freshly brewed coffee warms the interior of the tiny coffee shop as Sancar helps Mavi serve the sugar sprinkled dessert with a topping of cream. It is an odd time and meeting place for two people who are not quite sure what their relationship with each other is, but both settle down happily to some serious comfort food! Sancar’s surprise at seeing the ‘princess-like’ Mavi prove her culinary skills and Mavi’s gentle teasing about the ‘macho’ image cultivated by the Efe only reinforces the fact that people must not be judged by their appearances as invariably, they are much more than what they appear to be. As they tuck into the airy sweet, their relaxed camaraderie visibly vouches for the fact that Sancar feels completely at ease with the young woman sitting opposite him despite having met her only recently. The scene reinforces the belief that human beings interact with each other in mysterious ways; as sometimes a stranger appears all too familiar while people we have known all our lives suddenly become strangers. Just how much at ease Sancar feels is demonstrated by Akyürek’s body language as he lounges in his chair, licks the back of his spoon, smiles broadly and even ventures a crinkly eyed laugh while sharing details of his childhood. Quick to respond to Mavi’s criticism of a macho male, Sancar recounts his family legacy of the Efe name, his mild mannered father being countered by an ambitious mother’s dreams and the enforcement of an alpha male image onto his shoulders at an early age.

It is easy in those few moments to forget worries and just enjoy the present for Melek’s condition has had a devastating effect on a Sancar already burdened with his own sorrow as well as having to bear the responsibilities of his own family and business. At the hut earlier we saw a man very near breaking point as he blamed himself for not having been vigilant enough to have seen Melek’s deep sadness. Mavi was the one who soothed and calmed him down like a welcome spring shower on a hot day or a fresh breeze laden with the scent of wild flowers wafting into a closed room. Her comforting, carefully chosen words help loosen the asphyxiating tightness in Sancar’s chest which threatens to choke him just as much as the soft caress of his face after Melek’s blood test catches him by surprise.

Episode 41 develops four stories simultaneously as it pursues the ever vigilant Guvan Çelebi waiting in the wings to pounce like a hawk upon any weakness exhibited by Sancar. In his relentless pursuit of the man who has fathered his grandchild, Çelebi is as unforgiving as he is vindictive. Stooping low enough to use the vulnerability of his own grandchild, Çelebi appears hell bent on destroying Sancar’s relationship with his daughter while causing him even more pain than he is in already. What boggles the mind however, is Müge’s lack of professional ethics with reference to mandatory doctor/patient confidentiality that is not only the basic right of the patient but also a canon of medical ethics. To discuss Melek’s condition even with her grandfather who is so blatantly hostile to the child’s father smacks of idiocy at the very least, not to mention the risk of disbarment from the profession at its worst. Müge is one of those characters that we have a very ambivalent view of. Though sympathetic and caring, with more than a soft spot for her brother- she and her mother now remain constants in Sancar’s extended family responsibilities. Sancar, on his part, has been more than a true friend to the troubled Isikli family throughout, as he attempted to shield Müge even after he learned of her dangerous and foolish association with Akin in the past and has accepted responsibility for Gediz’ s family after his demise. This is a character trait that we find most endearing about Sancar but it is poorly served by Müge’s indiscretions.

While Çelebi plots to take Melek from her father through legal or illegal means, he sets spies on Sancar, records conversations between himself and the heart broken little girl and goes to the extent of kidnapping Melek yet again. Thwarted by Sancar’s quick thinking, it is Mavi who admonishes Sancar and Çelebi as they struggle angrily with each other. The terrified Melek is taken home by a tearful father and the two reconcile amidst more tears and hugs at the mansion. This is not all that is amiss in the grand Efe manor, as Elvan finds herself in tears in the company of Bora while having a morning coffee with him. Proving once again that sometimes it is easier to pour one’s heart out to a stranger Halise’s former daughter-in-law is a woman who has never been valued by either husband or the matriarch herself. Loved by all, especially Sancar for her spontaneous truthfulness and large heart, Elvan has been dealt a terrible blow by the very woman whom she has admired and loved all her adult life. Dismissed largely as being uneducated, Elvan is a text book case of unrealized female potential and it takes a stranger’s help to discover herself and all that she is capable of. This is the node at which the stories of Elvan and Sancar begin to run parallel to each other’s; since it is the presence of strangers in their lives that starts to tilt the balance between their present and past – pointing towards the possibility of pursuing new directions in the lives of both.

The Dudu and Yahya saga appears set to capsize as a long absent Ahmet conveniently appears to ‘claim’ his woman and perhaps his child. We may be forgiven our cynicism at the clever manipulation of the screenplay to provide a less than credible way out for poor Yahya and his grandiose plans for welcoming a male heir. Trapped between life-long attempts to throw off the mantle of a painful lack of self-confidence and a lately discovered virility, Yahya shuts his eyes to everything but the pipe dream that he conjures up for himself – his impending marriage, the return to the mansion and his soon to be born son. Even the clear warning signals that Sancar gives him, fail to deflect Yahya’s headlong pursuit of legitimacy for Dudu and his child which is painful to watch, particularly since Halise knows the truth about the Efe heir- to- be. Dudu’s panic is well deserved as her character has failed to solicit any sympathy despite efforts to highlight her deprived poverty stricken childhood.

In the midst of all these tangents, we are comforted by the delicate relationship forging a cobweb-like link between Sancar and Mavi. Careful to conceal her own sorrow as she weeps in solitary at hearing her daughter’s chirpy voice, we start to get an inkling of how the accident that claimed Mavi’s daughter’s life may have happened and why she blames herself for it. Even as she cups her eyes and repeats how much she misses her child, we cannot help but be struck by the steel in Mavi’s character. The fact that she can empathize with Sancar, calm him down, accompany a frightened Melek for her blood sample, hold her hand and kiss it; displays the special but inexplicable bonding between a childless mother and a motherless child. Much to the relief and delight of a watching Sancar, Mavi and Melek seem to hit it off.

It should not surprise us therefore, that the short but meaningful chocolate sweetened meeting at the coffee shop should result in Sancar sleeping till 10 am the next morning! It is obvious that Mavi exercises a therapeutic influence on father and child as Sancar appears relaxed enough to sleep through the night after a very long time much to Melek’s delight. We must appreciate that Sancar had almost forgotten what it was like to be spoken to softly and gently not to mention what it felt like to have a woman’s beautiful soft hand touch his cheek, or what the sound of a woman’s laughter sounded like or how his heart fluttered at the sight of someone he cared about deeply. In nature, after a particularly bitter winter, the spring that follows comes hesitantly as though fearful of a late frost. Sancar’s frozen sorrowful heart is witness to his beloved child’s traumatic attempt to come to terms with the absence of her mother as he gives Melek her mother’s last letter to her. The taped shreds of paper are symptomatic of Sancar’s own life where he tries every day, without success, to glue together the details of a painful past as he seeks answers to the questions that plague him night and day. The only respite he gets is in the company of a woman who acts like a balm for his suffering soul. With his life in shreds, his daughter ill with sorrow, his mother constantly at his back hounding him about his responsibilities, Sancar is a man desperately in need of understanding, tenderness and compassion – all of which come from the words and touch of a beautiful woman named Mavi.

As Çelebi mounts his assault against Sancar with the help of the state’s Child Security Services and institutes an inspection, poor lonely Melek is deceived into believing that her mother’s return is incumbent upon Mavi’s disappearance from Sancar’s life. For a child as kind and large hearted as Melek to push another child or tell Mavi to leave her father alone evidences just how mixed up she is. A pitiless grandfather inflicting further pressure on a deeply wounded child with spurious arguments about bringing up his grandchild in the best way possible is as ridiculous an argument as any, since we have witnessed what a mess he made of his own daughter’s life. On her part, Mavi is devastated by Melek’s seemingly ferocious ownership of her father and the desire for her mother to return.

As Sancar and Mavi meet on a windy beach they walk together in an unusually silent manner with Sancar questioning his friend’s quiet demeanor. Apologizing if he has hurt her inadvertently, Sancar appears to be at a complete loss at Mavi’s taciturnity. When she does finally speak, it is as though the blood stops racing in his veins and he stops still in his tracks. Expecting anything from village gossip to a hurtful remark, Sancar finds it difficult to believe his ears and refuses to shake Mavi’s hand as she bids him goodbye. Endearingly boyish and obviously nonplussed, Akyürek clasps his hands behind his back like a stubborn child when forced to do something he does not want. As Mavi walks away from him, he turns to look at her with a near smile on his face as though marveling at his fate which appears to have doomed him to perpetual loneliness. Mavi is not the first woman to have stirred Sancar’s heart nor the first to walk away reminding us of John Donne’s metaphor when he compares lovers to the legs of a compass. As one leg moves away from the other, the fixed leg leans towards the other until such time as the wanderer comes home to the center and both can be united. Mavi too, appears to lean back towards the man who has wormed his way into her sorrowing heart and lit a small flame; as she turns around to walk back to the man she has just said goodbye to. As the wind lifts Sancar’s coat collar and the waters lapping gently at the shore turn a pale silver, a blue sky watches as Mavi cups Sancar’s face gently between both hands as delicately placed as butterfly wings. The sun lights up Mavi’s strangely colored beautiful eyes as she pauses for a moment to look at the man she has come to love but feels compelled to leave. A first gentle warm kiss of pure affection follows which Sancar responds to before Mavi steps away and without a word or a backward glance walks away from him.

Akyürek’s ability to make even silence speak for him is visible yet again as he looks at the receding figure of Mavi with a mixture of surprise, yearning and what can only be deciphered as a faint hope. The moment lingers on as the camera moves close enough to Akyürek’s face as though to read his mind or afford us a glimpse into Sancar’s mighty but wounded soul.

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