Le film Bir Ask Iki Hayat (One Love Two Lives) réunit pour la première fois à l’écran deux grandes figures du cinéma turc, Engin Akyürek et Bergüzar Korel. Le film explore une question universelle : dans quelle mesure nos choix quotidiens, même les plus anodins, façonnent-ils le cours de nos existences ? Le personnage principal se retrouve à vivre deux versions parallèles de sa vie selon une décision prise un soir ordinaire.
Engin Akyürek : des choix qui ont tout changé
Engin Akyürek est originaire d’Ankara, une ville qu’il décrit volontiers comme marquée par la culture du fonctionnariat. C’est pourtant loin de ce cadre prévisible qu’il a construit sa carrière : un départ vers Istanbul, une participation à une émission de concours télévisé, et sa vie a basculé. Il affirme avoir appris à ne pas chercher à anticiper l’avenir, convaincu que la connaissance de ce qui nous attend ne nous rend pas plus heureux — au contraire.
L’acteur vit depuis des années dans la partie asiatique d’Istanbul, loin de l’agitation médiatique, préférant cultiver un espace intérieur qui nourrit son travail créatif. Il évoque souvent l’importance de rester à l’écoute de soi-même, en dehors du bruit et des réseaux sociaux.
Bergüzar Korel : apprendre à se faire confiance
Bergüzar Korel, de son côté, partage une réflexion profonde sur sa propre trajectoire. Formée au conservatoire avec l’ambition de faire du théâtre, elle a accepté un jour une proposition télévisée sans vraiment mesurer ce que cela allait changer. Ce oui prononcé presque par hasard a ouvert une carrière exceptionnelle. Avec le recul, elle mesure à quel point elle aurait pu passer à côté de cette vie-là.
À la trentaine, Bergüzar Korel dit avoir traversé une transformation profonde : elle a choisi de faire davantage confiance à ses instincts, d’accorder moins d’importance au regard des autres, et d’apprendre à dire non. Elle parle de la vie publique avec une lucidité désabusée, reconnaissant que les réseaux sociaux ont rendu les frontières entre sphère privée et exposition publique très difficiles à maintenir.
L’amour comme force déstabilisatrice
Pour Engin Akyürek, l’amour est avant tout ce qui échappe au calcul. Dans un monde où tout est mesuré, anticipé, optimisé, l’amour représente cette zone d’ombre qui résiste à la rationalité et révèle ce que nous avons de plus vrai en nous. Bergüzar Korel y ajoute une dimension presque physique : l’amour bouleverse l’équilibre intérieur, il agit comme un révélateur d’énergie.
Tous deux s’accordent sur un point : travailler ensemble a été une expérience enrichissante. Leurs tempéraments, bien que distincts, se complètent. Ils partagent une même exigence vis-à-vis du jeu et une curiosité sincère pour les gens qui les entourent.
Une industrie en mutation
La conversation aborde aussi l’état du secteur audiovisuel turc. Engin Akyürek estime que l’industrie a atteint un carrefour : les formats, les rythmes narratifs et les attentes du public ont profondément évolué, et les créateurs doivent inventer de nouvelles façons de raconter des histoires. La mondialisation des contenus, portée par les plateformes numériques, a ouvert de nouvelles possibilités mais aussi de nouveaux défis.
Le succès des séries turques en Amérique latine est évoqué avec enthousiasme : Engin Akyürek, qui s’est rendu en Argentine, au Pérou et au Chili pour un projet avec le réalisateur Çağan Irmak, a découvert à quel point les publics sud-américains et turcs partagent une sensibilité commune face aux émotions, à la famille et à l’expression des sentiments.