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Sancar Efe – Nuances du deuil
Par Navid Shahzad

Avec l’épisode 37, un nouveau jour se lève. Les pêcheurs réparent leurs filets, les bateaux s’enfoncent vers la mer, l’air se remplit de l’odeur du pain fraîchement cuit, les magasins relèvent leurs volets coulissants, des panneaux sont placés, les moules fraîches se disputent l’attention avec un « simit » croustillant tandis que les colporteurs étalent leurs marchandises. Le thé, couleur sang de lapin, est servi très chaud dans des verres en forme de tulipe, pendant que des nappes sont posées sur les tables et que les journaux, révélant en première page la nouvelle sensationnelle du mariage de Gediz à la bien-aimée de son frère, sont utilisés pour nettoyer les vitres.   Bien qu’il n’y ait rien de plus obsolète que le journal d’hier et que le mariage soit déjà une nouvelle dépassée, cette révélation imprudente a déjà fait ses ravages.

Loin de l’agitation matinale habituelle d’un village, au manoir d’Efe, Sancar, silencieux dans la chambre de Melek, est aux prises avec un chagrin à multiples degrés alors que Gulsiye traverse la maison sur la pointe des pieds et que l’on entend au loin la voix aiguë familiaire d’Elvan qui se plaint de Nare tout en préparant une valise pour son frère. Il semble que Sancar et Melek ne soient pas les seuls à être fâchés et blessés par le comportement inexplicable de Nare, car Elvan ajoute une litanie de ses propres plaintes qu’elle exprime haut et fort à qui veut bien l’entendre. Abandonnée par une femme qu’elle considérait comme une sœur et une confidente, Elvan, comme le reste de la famille, est persuadée que Sancar ira chercher Nare et la ramènera au manoir.  

Sancar, frappé d’insomnie, vient de passer une nuit épuisante à se remémorer en détail son histoire avec Nare. Malgré ses textos et appels téléphoniques, le silence de Nare se compare à une lame tranchant son cœur, et les mots de sa lettre ne servent qu’à l’enfoncer davantage. Est-ce que la fille de l’ambassadeur a vraiment aimé le fils du métayer ? Est-ce que c’était bien de l’amour, ou alors un rêve de fillette à présent révolu ? Si c’est le cas, alors pourquoi cela fait-il toujours si mal ? Ces questions flottent au milieu d’un tourbillon grandissant d’eau salée par les larmes et l’écho de la dernière supplication de Sancar à sa bien-aimée : « Ne me quitte pas ! Ne pars pas ! Ne nous laisse pas ! » Le silence qui persiste indique soit que Nare a choisi de ne pas entendre, soit qu’elle a choisi de renoncer à Sancar et à sa fille.  Quoi qu’il en soit, il faudra bien que l’Efe et sa fille s’habituent à cette cruelle vérité ! Alors que Melek s’accroche désespérément à son Papa, elle ne fait que faire saigner davantage les blessures de son père par son faux courage à « paraître heureuse ». L’expression d’Akyürek montre bien à quel point il est bouleversé par le destin qui a placé un si lourd fardeau sur les épaules délicates d’une enfant aussi jeune que Melek.  

Le corps humain a instinctivement la capacité de faire face au chagrin, bien que nous ayons du mal à comprendre la façon dont il s’y prend. Certains tombent dans la dépression, d’autres dans un silence profond et accablant, d’autres pleurent, d’autres encore s’aigrissent, mais très peu, à l’image de Sancar, se montrent braves et souriants à chaque instant pour l’amour d’un enfant bien-aimé. « Est-ce que tu as pleuré ? » demande Melek en caressant le visage de Sancar avec ses petites mains.  Au lieu de lui répondre sincèrement, Sancar évite la question par la sienne : « Qu’allons-nous faire aujourd’hui ? ».  Il est clair que ce n’est pas seulement Sancar qui refoule le chagrin derrière un visage souriant, mais aussi sa petite fille puisque que nous la voyons cacher les signes révélateurs de son anxiété comme par exemple la perte de ses cheveux.

De son côté, en se voyant dans le miroir du couloir, Sancar s’arrête pour se réprimander. Bien qu’il n’ait pas changé, à l’exception de ses yeux rougis par les larmes, seul Sancar peut voir les ruines de son cœur autrefois tout puissant. Mais étant le seul parent maintenant, Sancar reconnaît combien c’est important pour Melek de le voir fort, et on le retrouve à se dire sans cesse de reprendre le contrôle de la vie, comme s’il se secouait de la stupeur du chagrin qui a englouti son cœur. Si l’on regardait attentivement les yeux de Sancar, on verrait qu’il a beaucoup de choses à pleurer. En grande partie grâce au génie d’Akyürek, à son visage et à ses yeux expressifs et mercuriels, nous entrevoyons l’avenir qui devait l’attendre, la famille qu’il rêvait de fonder, le bonheur qu’il espérait éventuellement trouver en s’unissant à sa bien-aimée après tant de temps. Mais à présent, un automne omniprésent envahit son cœur avec force, faisant voler les dernières feuilles d’espoir alors que l’hiver n’est pas loin derrière, car nous pouvons voir les premiers signes de gel qui commencent à atténuer l’éclat des yeux étincelants noirs charbon de Sancar.  

Quand on fait son deuil à l’image de Sancar, la douleur constante crée un énorme vide en soi. Dans cet espace sans air, fermé à la lumière et au rire, l’amour réside dans une splendeur solitaire le long d’un couloir aux portes multiples par lesquelles s’échappent des pans de souvenirs : un demi-sourire, une inclinaison de tête, la sensation de cheveux doux comme la soie, un sourire ensoleillé, une étreinte chaleureuse, une petite larme qui tremble au bord de l’œil de la bien-aimée. Ah Efe ! Ah ! Quels souvenirs vas-tu effacer ? Tous ? Aucun ? Nous savons par nos propres expériences de la vie que pour guérir et avancer, il est impératif que les portes labyrinthiques menant à la vaste obscurité des amours et des douleurs passées soient fermées une à une pour permettre au cœur de se régénérer en attendant un nouveau printemps. Si de longues années de douleur sont récompensées par un amour réconfortant et chaleureux, alors l’attente en vaut la peine, mais si la douleur doit être récompensée par encore plus de douleur, alors peut-être est-il temps d’enterrer les souvenirs quelque part au fond de soi-même.  

La tâche immédiate à laquelle Sancar est confrontée consiste en la réparation et la reconstruction de la cabane forestière, que Melek affirme maintenant comme étant sa propriété tout comme Geçe, le cheval noir de sa mère. Cette tâche arrive à propos pour le distraire des ses sombres pensées, et il se met en route avec Kavruk à ses côtés. Akyürek nous étonne par sa capacité à s’élancer vers des sommets encore plus élevés chaque fois qu’il est confronté aux fantômes d’un passé qui se tapit derrière lui comme une ombre persistante. Au moment même où il a convaincu ses spectateurs qu’il a atteint l’apogée de son talent, il continue à nous surprendre un peu plus en nous révélant le trésor de son talent inépuisable. 

Le reste des ruines carbonisées et squelettiques de ce qui fut la maison de son enfance—l’endroit où il découvrit son premier amour, sa première union et finalement où eut lieu sa séparation tragique—fixe Sancar d’un air accusateur, alors qu’il reste debout un instant à regarder les ruines calcinées de sa vie, de ses espoirs et de son bonheur. Le visage d’Akyürek est à la fois une étude de douleur et de regret mêlés aux braises mourantes d’une colère fumante. Surveillant l’intérieur de la cabane en ruine avec des yeux plus sombres encore que la suie délaissée par les flammes, il jette un regard dans chaque recoin comme s’il y cherchait quelques restes de rires, un petit bout de joie, ou encore une toute petite quantité de peine qui seraient miraculeusement restés intact malgré la fureur des flammes. La structure mentale de l’esprit humain enregistre tout petit détail du passé, saisissant chaque passage poignant à un moment figé dans le temps. Akyürek nous laisse entrevoir le panorama mental de Sancar qui apparaît comme une terre stérile et désolée, parsemée de signes de ravissement et de rupture, d’extase et de désespoir, d’amour vécu et perdu. Comme si cela représentait son propre état d’esprit, tout ce que Sancar retrouve des quelques objets gisants dans la cabane ne sont autres que les restes fumants et tordus du lit nuptial, une chaise cassée, du linge noirci et une pièce remplie de rêves brûlés. Alors qu’il enlève les planches de bois qui s’effritent à l’extérieur, c’est comme s’il enlevait les couches de ses propres blessures, car chaque arrachage du bois brûlé, réduit à présent en cendres, ne fait qu’exposer une blessure encore plus vive en dessous. Nous savons que ce n’est pas Sancar qui a mis le feu à la hutte mais qu’il n’a fait que verser l’essence.  C’est Nare qui a frotté l’allumette qui a consumé leur amour, le passé et un futur possible. Assurant à Kavruk que ça ira mieux, pour le bien de sa fille, Sancar avoue qu’il voit Nare à chaque fois qu’il ferme les yeux. Aussi, que son esprit soit éveillé ou endormi, nous pouvons en déduire qu’il reste continuellement fixé sur l’image d’un amour perdu. De telles confessions sont rares pour un homme de l’envergure de Sancar et si elles sont articulées, c’est parce que son cœur est tellement inondé de chagrin que la marée le submerge en débordant en mots.  

La chose la plus difficile au monde est certainement la réaction physiologique au deuil, et nous en sommes témoins, en particulier chez Melek, alors qu’on la retrouve assise par terre dans sa chambre, mélancolique, et qu’elle essaye de participer aux efforts de sa grand-mère pour lui remonter le moral. Il arrive un moment où le chagrin devient palpable physiquement, comme dans la façon de nous asseoir ou encore dans la manière dont nous observons les choses furtivement sans les voir. C’est une consolation que Melek et Sancar trouvent un moyen de surmonter leur chagrin en construisant de petites maisons—l’une avec des briques en plastique roses provenant d’un jeu de Lego, l’autre avec du bois fraîchement scié, peint en bleu comme la couleur de la mer et des yeux de Melek. Pendant que Sancar rabote le bois qu’il coupe, ses pensées tourbillonnent comme des papillons de nuit sur ce qui aurait pu être.  Alors, un nœud se forme dans sa gorge et il retient ses larmes. L’Efe, comme on peut le voir, tient sa promesse car le fait de travailler avec ses mains, de mesurer le bois, ou encore d’enfoncer des clous l’aide à se ressaisir.  

De l’autre côté de la ville, Gediz et Müge organisent leur propre veillée funèbre pour Nare, alors que l’héritier Isikli, fatigué et découragé, réalise enfin combien il ne sert plus à rien maintenant que l’histoire de Sancar et Nare est terminée. « Je n’étais rien pour elle », se plaint-il, mais au lieu de ressentir de la sympathie pour Gediz, ironiquement, le spectateur le perçoit plutôt comme un enfant de mauvaise humeur car on lui a enlevé son jouet préféré. Tout aussi insomniaque que Sancar, Gediz, repoussé et ignoré par les villageois pour son acte de « trahison », voit bien que Sancar, plus grand que nature, continue à jouir du respect de tous ceux qui entrent en contact avec lui. Face à une hostilité aussi évidente, il se retire et se dirige vers la marina où le sournois Çelebi lui apprend, selon ses sources personnelles, que Nare se trouve à Zurich. Tout à fait dans son personnage, le narcissique Çelebi pousse Gediz à aller voir la femme qui « est partie sans dire au revoir », mais qui est finalement libérée du villageois qu’il méprise. Alors que la nuit tombe, nous voyons se profiler l’image solitaire de Gediz au bord de la mer avec des papiers de divorce et un billet d’avion à la main, se demandant ce qu’il devrait faire. Grâce à ses conseils avisés, Müge réussit à le persuader de parler à Sancar avant de décider de son prochain plan d’action.  

Pendant ce temps, et comme pour faire une pause sur l’action principale, le scénario revient sur le sujet de la relation conflictuelle entre Elvan et Yahya. Dans un geste surprenant, Dudu annonce qu’elle est enceinte ce qui prompte Yahya à demander le divorce.  Nous sommes tout à fait surpris lorsque nous apprenons, tout comme Yahya, qu’Elvan ne peut pas avoir d’enfant, étant donné qu’instinctivement nous soupçonnons Yahya plutôt qu’Elvan d’être stérile et que par conséquent ceci risque d’impliquer Dudu dans une situation des plus épineuses dont elle sera l’unique responsable.  Le fait que Yahya accepte si aisément l’explication du « miracle » ne fait que renforcer son manque de confiance en lui ou encore son ego facilement meurtri.  Reste à voir quand une conclusion logique de l’imprudence du jeune Efe sera rendue. Au milieu de cette pagaille, c’est Müge qui affronte l’ambassadeur, l’accusant enfin d’être pire qu’Akin puisqu’il s’est avéré être le pantin d’un psychopathe. En réponse aux railleries de Çelebi qui lui reproche d’avoir aimé le même psychopathe, Müge a le courage de jeter son amour réel et profond au visage de l’ambassadeur. Lorsqu’elles sont mises à l’épreuve, les femmes de Muğla peuvent être des adversaires redoutables et Halise n’est pas la seule forteresse aux alentours ! Cependant, il faudra beaucoup d’efforts de la part de Müge pour que nous lui pardonnions sa complicité et sa pleine connaissance du mariage de Gediz et Nare.  

Le point culminant de l’épisode doit être la scène brève et chargée d’électricité entre les anciens partenaires de Sadıçlar Holdings alors qu’ils se font face, à l’extérieur des portes principales du manoir Efe. Il s’agit d’une conversation aussi privée que possible entre deux hommes qui ont été frères, se sont aimés et respectés et qui, à une époque, auraient donné leur vie l’un pour l’autre. On ne peut s’empêcher de comparer une scène antérieure entre les deux amis alors qu’ils célébraient les sept ans de leur partenariat dans l’oliveraie débordante de fruits de Sancar. Alors que chacun des deux hommes avait juré de tout partager avec l’autre, sauf la bien-aimée, ils s’étaient étreints comme seuls deux hommes honnêtes, bons et sincères peuvent le faire. Des siècles semblent séparer ce passé merveilleux de l’affreux présent que nous voyons se dérouler devant nos yeux alors que la question insolite de Gediz semble aggraver davantage la situation vis-à-vis de Sancar. « Qu’est-ce que tu veux de moi ? » lui demande-t-il, et la réponse de l’Efe est appropriée vu que Gediz a apparemment obtenu ce qu’il a toujours voulu. Depuis l’instant où il a avoué ses sentiments pour Nare, Gediz est sur la voie de l’autodestruction. Dans la poursuite égoïste et éhontée de ses propres objectifs, Gediz a trahi son « frère » à chaque nouvelle tournure des événements. Qu’il s’agisse de rapporter sans pitié l’endroit où se trouvait Sancar, alors qu’il délirait à l’agonie, ou de conspirer et de s’associer activement avec les ennemis de Sancar, il n’y a rien que Gediz n’ait pas fait, à part tuer Sancar lui-même. Le fait que Nare ait étrangement continué à compter sur Gediz malgré sa promesse de le livrer à la police pour son rôle dans la faillite de la société reste dans l’ensemble inexplicable. Peut-être pouvons-nous excuser en partie le comportement de Nare à cause de sa loyauté envers l’homme qu’elle a appelé son « meilleur ami ».  Mais il n’y a rien de noble chez un homme qui est irrité contre la femme pour laquelle il a « tant fait » mais qui n’a pas jugé bon de lui écrire une lettre ou de lui dire au revoir.  

La comparaison entre les deux hommes devient encore plus nette lorsque l’on se souvient de la colère de Sancar contre Nare qui avait écrit une lettre à Gediz et non à lui, alors qu’elle avait prétendu s’envoler vers une destination inconnue avec Melek dans le but de détromper Akin. Snobé par Gediz lorsqu’il lui demande de voir la lettre de Nare, Sancar ne lui en tient pas rigueur, ni ne se rabaisse à lire la lettre lorsque Gediz finit par la lui offrir. Le fait que Sancar soit en parfait contrôle de lui-même pendant l’échange est mis en évidence par ses mots écourtés, la mâchoire serrée, alors qu’il se demande si Gediz est venu pour lui demander la permission de suivre Nare. La réponse de Gediz, bien que provocante, ne fait pas beaucoup d’effet et Sancar commence à perdre le contrôle. « Je me suis fait griller pour te sauver » gémit Gediz, et là enfin Sancar explose comme un volcan en éruption.

« Est-ce que j’ai l’air d’être sauvé ? » rugit Sancar profondément blessé et dévasté. « Est-ce que ma fille a l’air d’être sauvée ? » continue-t-il.  Les efforts de Gediz pour « sauver » Sancar sont à présent futiles puisqu’ils arrivent trop tard pour lui permettre de se racheter.   Par conséquent, la seule chose qui reste à faire, chez un homme ayant péché aussi souvent contre son propre frère que Gediz, est de disparaître de chez lui, de la vie de Sancar, et de tous ceux qui lui sont chers. La présence courageuse d’Akyürek dominant celle d’Uraz nous rappelle que le lion est magnifique et des plus dangereux, surtout lorsqu’il est blessé.  

Alors que Sancar devient de plus en plus silencieux, c’est comme s’il se repliait sur lui-même pour tenter de récupérer un peu de force afin de couper tous les liens avec son ancien partenaire. Alors que les avocats l’avertissent que la division planifiée des biens entraînera un manque à gagner substantiel pour la famille Efe, la perte d’un frère pèse plus lourdement que les pertes financières pour Sancar, ce qui prouve une fois de plus qu’il est le genre d’homme qui a toujours accordé plus d’importance aux relations qu’à la richesse. Les événements s’accélèrent lorsque Gediz annonce à Çelebi qu’il s’en va mais, à la grande déception de l’Ambassadeur, non pas pour rencontrer Nare. Elvan consulte Sancar avant de signer les papiers du divorce, et celui-ci promet d’assurer des jours meilleurs pour tout le monde, y compris un entretien à cœur ouvert avec Kavruk.  

La vie semble cependant avoir des projets différents pour Sancar, comme par le passé. Baissé sur les documents juridiques qui nécessiteront la signature de Gediz Isikli, Sancar ignore toujours que celui-ci a eu un terrible accident alors qu’il se débattait pour ramasser son téléphone en conduisant et tenter de parler à Nare. Destiné à ne pas entendre la voix de Nare, un silence de mort sera la dernière chose dont Gediz se souviendra avant l’impact de l’accident. Le silence énigmatique d’Akyürek, alors qu’il vient juste d’apprendre la nouvelle, approfondit le mystère de l’étrange appel silencieux qui a fini par coûter la vie à Gediz. D’abord déterminé à ne pas y aller, Sancar ne cède que lorsqu’il découvre que Gediz se rendait à l’hôtel et non pas à l’aéroport pour rejoindre Nare. Avec la mort de Gediz, l’histoire de deux petits garçons connaît elle aussi une fin tragique, tout comme l’histoire d’un garçon et d’une fille aussi douce que le coton s’est déjà terminée de façon tragique. Les seules choses qui ont survécu aux cruelles impositions du temps sont une petite enfante angélique et un sac rempli de billes de verre brillantes que Sancar a gardé en souvenir d’un passé innocent plus heureux. Le temps est vraiment un cruel enseignant et les derniers moments de Sancar au chevet de son ami mourant en sont la preuve. Pour que Sancar s’éloigne du passé vers un avenir plein de promesses de bonheur, il convient que tout ce qui est associé à l’idylle de l’enfance soit effacé. Alors que Nare a choisi sa propre voie, Gediz a vu le destin lui choisir la manière de partir. Mettant de côté tous ses motifs de plainte, la figure noire de Sancar domine de la manière la plus noble possible les funérailles de son ami et frère jadis bien-aimé, tout comme sur la tombe, Sancar pleure tout ce que lui et Gediz avaient partagé. En déposant le petit sac de billes colorées sur la tombe de son ami, Sancar ne dit pas seulement adieu à Gediz, il enterre également une amitié précieuse, un compagnon d’armes et une foule de souvenirs qui ne mourront probablement jamais.

Alors que l’on sent que Sancar est désormais condamné à être un homme solitaire et silencieux, enveloppé dans des épaisseurs de chagrin et de douleur, le destin intervient une fois de plus sous la forme d’une mystérieuse étrangère. Par une nuit de pluie orageuse, Sancar se rend en voiture jusqu’à la cabane forestière récemment rénovée pour voir la fumée s’élever de la cheminée. Alors que ses pieds chaussés de robustes bottes de cuir s’enfoncent dans de grandes flaques d’eau de pluie, il s’avance avec détermination vers la porte de la cabane. Après des appels répétés n’engendrant aucune réponse d’identification, Sancar pousse la porte grande ouverte pour se retrouver nez à nez avec une jeune fille aux cheveux bruns, trempée et en train de sécher ses vêtements. Telle une biche effarouchée par les phares d’une voiture au beau milieu de la route, elle le fixe un instant avant de plonger pour se mettre à l’abri. Sancar, mal à l’aise, referme la porte sur lui, n’ayant toujours pas de réponse à sa question quant à l’identité de la personne lorsque celle-ci sort précipitamment de la cabane, serrant dans ses bras quelque chose de blanc. La pluie violente va-t-elle aider à effacer une partie du chagrin de Sancar ou continuer à le noyer dans une cascade de douleur avec pour seuls témoins les falaises fantômes ? Nous devrons attendre et voir…

Traduit par Faryal & Roselyne

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English Version 👇

Sancar Efe – Shades of Grief
By Navid Shahzad

With EP-37 a new day dawns. Fishermen mend their nets, boats plough out to sea, the air fills with the smell of freshly baked bread, shops raise their shutters, signs are placed, fresh mussels vie for attention with crisp simit as hawkers display their wares. Tea, the colour of rabbit’s blood comes piping hot in tulip shaped glasses while table cloths are laid and newspapers carrying the sensational front page news of Gediz marrying his brother’s beloved are used to clean glass windows. Though there is nothing staler than yesterday’s newspaper and the wedding is already old news, the poorly thought out scoop has already wreaked havoc.

Far away from the hustle of a village morning, at the Efe mansion Sancar struggles silently with multiple shades of grief as Gulsiye tip toes around the house and Elvan’s typical high pitched voice is heard complaining about Nare while packing a case for her Abi. It appears that Sancar and Melek are not the only ones angry and hurt by Nare’s inexplicable behavior as Elvan adds a litany of her own complaints which she voices loudly to all and sundry. Left high and dry by a woman she had considered a sister and confidante, Elvan like the rest of the family, takes for granted that Sancar will follow Nare and bring her back.

In Melek’s bedroom, a sleepless Sancar has spent an exhausting night painstakingly going over his past history with Nare. Despite his phonic messages and calls, Nare’s silence is like a knife in Sancar’s heart just as the words of her letter have only twisted the knife further. Did the Ambassador’s daughter ever love the share cropper’s son? Was it love or just a childish dream that had already spent itself? If that is the case, why does it continue to hurt so much? The questions swim in an ever widening whirlpool of waters flavoured with the salt of tears, and the echo of Sancar’s last prayer to his beloved: ‘Do not leave me! Do not go! Do not leave us!’ The continuing silence says either Nare has chosen not to hear or that she has chosen to give up on both Sancar and her daughter; either of which is the cold hard truth that the Efe and his daughter will have to live with. As Melek holds onto her Baba for dear life, she only makes her father’s wounds bleed more with her false bravado at ‘being happy.’ Akyurek’s expression is a dead giveaway of how distressed he is at fate for placing such a heavy burden on the delicate shoulders of a child as young as Melek.

The human body has an instinct for coping with grief, though we may have trouble understanding the ways in which it tries to cope with sorrow. Some fall into a depression, some into a deep overwhelming silence, some cry, some become embittered but a very few like Sancar put a brave face on everything for the sake of a beloved child. ‘Did you cry?’, asks Melek as she caresses Sancar’s face with her tiny hands. Rather than tell her the obvious answer, Sancar parries the query with his own question, ‘what shall we do today?’ It is quite clear that it is not just Sancar but his little girl too who grieves behind a smiling face as we see her hide the tell tale signs of her stress fallen hair.

On his part, catching sight of himself in the hallway mirror, Sancar stops to chide himself. Though outwardly unchanged except for his tear reddened eyes, only Sancar can see the crumbling ruins of his once mighty heart. But being the sole parent now, Sancar knows how important it is for Melek to see him strong and we find him repeatedly telling himself to get a grip on life as though shaking himself out of the stupor of grief that engulfs his heart. If one were to look closely at Sancar’s eyes, we would see that there are many things he grieves for. Largely due to Akyurek’s genius and his mercurial expressive face and eyes, we catch glimpses of the future that Sancar thought was waiting for him, the family he dreamed of making, the happiness that he had hoped would eventually come from uniting with his beloved after such a long time. But at present, a pervasive autumn invades his heart with full force sending the last leaves of hope flying while winter is not far behind as we can see the first signs of frost beginning to dim the sparkle in Sancar’s gleaming coal black eyes.

When one grieves as Sancar does, the constant pain creates an enormous hollow within one. In that airless emptiness shuttered away from light and laughter, love sits in solitary splendor in a hallway with multiple doors through which wisps of memories slip in and out. A half smile, a tilt of the head, the feel of silk soft hair, a sunlit smile, a warm embrace, a tiny tear trembling at the edge of the beloved’s eye, – Ah Efe! Ah! Which memories will you erase? All? None? We know from our own life experiences that for anyone to heal and move forward, it is imperative that the labyrinthian doors leading to the vast darkness of past loves and pains must be shut one by one by one to allow the heart to rejuvenate itself awaiting a new spring. If long years of pain were rewarded with a comforting warm love then the waiting is worthwhile, but if pain must be rewarded with more pain then perhaps, it is time to bury the memories somewhere deep in the recesses of one’s private self.

The immediate task confronting Sancar is the repair and reconstruction of the forest hut that Melek now asserts as her own, along with ownership of her mother’s pet black horse Gece. The task provides a welcome relief from his thoughts and Sancar sets out with Kavruk in tow. Akyurek astonishes us with his ability to rise to greater heights every time he is confronted with the ghosts of a past constantly lurking behind him like a persistent shadow. Just when he has convinced his viewers that he has reached the pinnacle of his talent, he manages to surprise us with a little more from his treasure chest of inexhaustible talent.

The smoke stained, skeletal remains of what had been his childhood home, the place where he discovered first love, had his first union and final tragic separation stares back at him accusingly, as Sancar stands for a moment looking at the charred ruins of his life, hopes and happiness. Akyurek’s face is a study in sorrow and regret mingled with the dying embers of a smoldering anger. Surveying the crumbling interior with eyes darker than the soot the flames have left behind, he glances at every corner as though seeking out some remnants of laughter, a little scrap of joy, a thimbleful of pain miraculously left intact despite the raging fire. The human landscape of the mind records every little detail of the past capturing every rapt moment in a time freeze. Akyurek allows us a glimpse of Sancar’s inner landscape which is a barren wasteland pitted with signs of rapture and rupture, of ecstasy and despair, of a love lived and lost. As though representing his own frame of mind, all that Sancar finds inside the skeletal remains of the hut is the twisted smoking remains of the nuptial bed, a broken chair, a few singed linens and a roomful of burnt dreams. As he peels away the exterior crumbling wooden boards, it is as though he peels away at the layers of his own wounds for each wrenching away of the burnt wood now reduced to ash, only exposes the softer wound beneath. We know that it was not Sancar who set fire to the hut as he only poured the gasoline; but Nare who lit the match that consumed their love, the past and a possible future. Assuring Kavruk that he will be all right for his daughter’s sake, Sancar confesses that he sees Nare every time he shuts his eyes; from which we can assess how his waking and sleeping mind remain fixated on the image of a lost love. Such confessions are rare for a man like Sancar and if they are articulated, it is because the heart is so flooded with grief that the tide overwhelms him spilling over into words.

The hardest thing in the world is the physical part of grieving, and we witness that in Melek especially, as she sits forlornly on the floor of her room attempting to participate in her grandmother’s efforts to cheer her up. There comes a point when sorrow can be seen tangibly outside our bodies in the manner in which we sit, or the way in which the eye flits unseeingly over everything. It is some consolation that both Melek and Sancar find a way to work through their grief by constructing little houses- one built with pink plastic bricks from a Lego set and the other with freshly sawn wood painted blue like the colour of the sea and Melek’s eyes. As Sancar planes the wood he cuts, his thoughts flit like moths to what could have been; as a knot forms in his throat and he holds back his tears. The Efe, as we can see, is holding true to his promise as working with his hands, measuring the wood, hammering nails helps him to get that essential hold on himself.

On the other side of town, Gediz and Muge hold their own wake for Nare as a tired, despondent Isikli heir finally realizes how redundant he is now that the story of Sancar and Nare has ended. ‘I was nothing to her’, he complains but rather than feel any sympathy for Gediz, ironically, the viewer perceives him only as a petulant child who feels cheated of his favourite toy. Just as sleepless as Sancar, rebuffed and ignored by the villagers for his ‘traitorous’ act, Gediz sees the larger than life Sancar continuing to enjoy the respect of all who come in contact with him. Retreating in the face of such obvious hostility, he makes his way to the marina where he learns from the sly Celebi that Nare is in Zurich according to his sources. Completely in character, the smug narcissitic Celebi urges Gediz to go and see the woman who ‘left without saying goodbye’ but is finally free of the villager that he despises. As night falls, we trace the lonely image of Gediz by the sea with divorce papers and ticket in hand contemplating his next move. It is only Muge’s solicitous advice that persuades him to talk to Sancar before he decides his next plan of action.

Meanwhile, as though taking a breather from the main action, the screenplay revisits Elvan and Yahya’s contentious relationship. In a surprise move Dudu shares news of a pregnancy prompting Yahya to divorce Elvan. Our reaction to Yahya’s news of Elvan being barren does a near flip, as our initial instinctive suspicion of Yahya being sterile rather than Elvan, may implicate Dudu in a twisted knot of her own tying. As Yahya’s facile acceptance of a ‘miracle; speaks for the reason behind his lack of confidence and his easily bruised ego; we shall have to wait for the adventurism of the younger Efe to reach a logical conclusion. In all the mess, it is Muge who confronts the Ambassador, finally branding him as worse than Akin since he has proved to be nothing more than the puppet of a psychopath. In response to Celebi’s taunt that she had loved the same psychopath, Muge has the courage to fling her truly deep love in the Ambassador’s face. When put to the test, the women of Mugla can be formidable opponents and Halise is not the only fortress around! However, it will take a great deal of effort on Muge’s part for us to forgive her in her complicity and full knowledge of Gediz and Nare’s marriage.

The climax of the entire episode has to be the brief, electrically charged scene between the erstwhile partners of Sadiclar Holdings as they face each other, outside the main gates of the Efe mansion. It is as private a conversation as it can be among two men who have been brothers, loved and respected each other and would at one time, have given their lives for each other. We cannot help but contrast an earlier scene between the two friends as they celebrated seven years of their partnership among Sancar’s fruit laden olive trees. As each man swore to share everything with the other but for the beloved, they had embraced as only two truthful, good and honest men can. Centuries seem to separate that wonderful past and the ugly present we see enacted before us as Gediz’s strange question appears to rub salt into Sancar’s wounds. ‘What do you want from me?’ he asks, to which the Efe’s reply is a fitting one, as Gediz has apparently got what he always wanted. From the moment he confessed his feelings for Nare, Gediz has been on a self destruct path. A shameless, selfish pursuit of his own ends has seen Gediz betray his ‘brother’ at every new turn of events; from the pitiless reporting of Sancar’s whereabouts as he lay delirious in agony to conspiring and actively partnering Sancar’s enemies – there is nothing Gediz has not done, short of killing Sancar himself. That Nare has strangely continued to rely on Gediz despite her promise of handing him over to the police for his part in bankrupting the company remains by and large inexplicable. Perhaps we can partially excuse Nare’s behavior by virtue of her loyalty to a man she has called her ‘best friend,’ but there is nothing noble about a man who is piqued by the woman he has ‘done so much for’ but who did not deem it fit to write him a letter or say goodbye.

The comparison between the two men becomes even sharper as we remember Sancar’s anger at Nare writing a letter to Gediz and not to him when she had pretended to fly away to an unknown destination with Melek in an effort to fool Akin. Snubbed by Gediz when he asked to see Nare’s letter, Sancar never held it against her nor does he stoop to reading the letter when Gediz finally offers it to him. That Sancar exercises extreme self control during the exchange is evidenced by his clipped words and clenched jawline as he wonders if Gediz has come to seek permission to follow Nare. Gediz’s reply though defiant, cuts little ice with a Sancar beginning to lose control. ‘I burned myself to save you,’ laments Gediz in answer to which the volcano finally erupts. ‘Do I look saved’? roars a deeply wounded, ravaged Sancar. ‘Does my daughter look saved? ‘he asks. Gediz’s attempt at ‘saving’ Sancar is a case of ‘too little, too late’ for him to redeem himself; the only thing left therefore, for a man who has sinned so often against his own brother is to disappear- from his home, from Sancar’s life, from all whom he has held dear. Akyurek’s gritty presence towers over Uraz reminding us that the lion is magnificent and most dangerous particularly when wounded.

As Sancar continues to become more and more silent, it is as though he retreats into himself in an attempt to salvage some strength to sever all ties with his former partner. As lawyers warn him that the planned bifurcation of assets will mean a great loss of money to the Efe family; the loss of a brother weighs heavier than financial losses for Sancar; proving once again that he is the kind of man who always placed greater value on relationships rather than wealth. Events speed up as Gediz tells Celebi he is going away but to the Anbassador’s utter disappointment- not to meet Nare. Elvan consults with Sancar before signing divorce papers even as Sancar promises to ensure happier days ahead for all which includes a heart to heart talk with Kavruk.

Life however, appears to have different plans for Sancar as it has in the past. Staring down at the legal papers requiring Gediz Isikli’s signature, Sancar is unaware of the fact that Gediz has had a terrible accident as he scrambled for his phone trying to talk to Nare. Fated not to hear Nare’s voice, a deathly silence is the last thing Gediz remembers before his car crashes. Akyurek’s enigmatic silence when he first receives the news deepens the mystery of the strange silent call which will eventually cost Gediz his life. Initially determined not to go, Sancar relents only when he discovers that Gediz was going to a hotel rather than flying to Nare. With Gediz’s death, the story of two little boys also comes to a tragic end just as the story of a boy and a girl as soft as cotton has already ended tragically. The only things that have survived the cruel dictates of time are a small angelic child and a bagful of shiny glass marbles that Sancar has kept as a reminder of a happier innocent past. Time is truly a cruel teacher and Sancar’s last few moments at his dying friend’s bedside are a testimony to that. For Sancar to move away from the past towards a future with the promise of happiness, it is fitting that everything associated with the idyll of childhood be erased. While Nare chose her own path; Gediz has had the manner of his leavetaking chosen for him by fate. Setting aside all grievances, Sancar’s distinctive black coated figure dominates the funeral proceedings of his once beloved friend and brother in the noblest way possible; just as by the graveside, Sancar mourns all that he and Gediz had shared. In placing the small bag of coloured marbles on his friend’s grave, Sancar not only bids Gediz farwell, he also buries a treasured friendship, a comerade in arms and a host of memories that will probably never die.

Just as one feels that Sancar is now fated to be a lonely, silent man swaddled in layers of sorrow and grief, fate intervenes yet again in the shape of a mysterious stranger. On a stormy rainlashed night, Sancar drives up to the newly refurbished forest hut to see smoke rising from the chimney. As his sturdy leather booted feet step into large puddles of rain water, he strides across purposefully to the door of the hut. After repeated calls for identification solicit no response, Sancar flings it open to look upon a rain soaked, dark haired girl drying her clothes. Like a startled doe trapped by a car’s headlights in the middle of the road, she stares back at him before diving for cover. Retreating in embarrassment, Sancar’s query about her identity remains unanswered as the girl exits the hut hurriedly with something white clutched in her hands. Will the fierce rain help wash away some of Sancar’s grief or continue to drown him in a cascade of pain with only the phantom cliffs as witnesses? We shall have to wait and see….

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