SENE DOKSAN BEŞ – « L’ANNÉE QUATRE-VINGT-QUINZE » Par Engin Akyürek

SENE DOKSAN BEŞ – « L’ANNÉE QUATRE-VINGT-QUINZE » Par Engin Akyürek

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Kafasına Göre, #41,
Edition : Novembre-Décembre 2021

En ces temps-là, quand je m’ennuyais, je me sentais oppressé et ne parlais même pas à moi-même.
Ankara cachait toutes les couleurs. Depuis plusieurs semaines, en effet, la couleur grise semblait s’imprégner jusqu’aux profondeurs de mon cœur et le froid allait de pair avec cette couleur fade comme devenue celle de l’âme de la ville entière.
Si seulement ces nuages pouvaient se dissiper et disparaître ! Si seulement le soleil pouvait me faire un clin d’œil, au moins une seule fois, alors tout irait mieux et cette tristesse sans raison quitterait mon âme !
Ce n’était pas un souhait, mais une foi exprimée à haute voix…Je ne voulais ni aller à l’école, ni fuir de l’école. Jusqu’à l’âge de quinze ans, je n’avais pas connu de crise existentielle. J’étais donc dans un état que je ne comprenais pas. Cela agaçait mon âme, me liait les mains et, surtout, le plus important, me liait l’esprit. Si seulement le printemps arrivait ! Des sourires chaleureux fleuriraient à nouveau sur les trottoirs, et je grandirais un peu !

Les vacances d’hiver ont également été ennuyeuses. Pendant quinze jours, Ankara fut assiégée par la neige mouillée, le vent et la pluie. À quinze ans, je ne pouvais pas réaliser ce qui m’arrivait : j’étais tout juste en équilibre au bord d’une épreuve qu’aucun mot ne pouvaient décrire.  N’ayant pas de smartphone entre les mains, il fallait que j’affronte les tourmentes en regardant les nuages gris. Il restait encore cinq ans pour le nouveau millénaire, vingt ans (je le pensais !) pour les voitures volantes, et douze ans pour que Facebook apparaisse.

Après ces vacances ennuyeuses, je ne me précipitais pas pour la rentrée. Quiconque me voyait pouvait immédiatement deviner que quelque chose n’allait pas chez moi. Mon problème : j’avais des problèmes mais sans réellement en avoir…
Je suis entré dans la salle de classe et quelqu’un était assis à mon banc.
« C’est ma place. Qui es-tu ? »
La plupart de mes camarades de classe étaient dans le couloir. Personne donc pour m’expliquer la situation. Un garçon aux cheveux bouclés, un inconnu, me regardait en souriant.
« Bonjour ! Mon nom est Güven. Je suis nouveau ici »
Le ton de ma voix était celui de quelqu’un dans l’embarras.
« Aaahh… »
« Je suis désolé si j’ai pris ta place. »
J’ai été surpris qu’il ait expliqué la situation avec tant de courtoisie. Je n’étais pas habitué à une telle politesse.
« Aucun problème. »
Le garçon bouclé commençait à ramasser son cahier, son manuel et ses stylos soigneusement rangés dans son sac Alors qu’il se levait, je lui ai dit :
« Non, il n’y a vraiment pas de problème. J’étais assis seul de toutes façons. »
Le visage du Bouclé s’est éclairci et il m’a regardé avec un sourire.
« Merci. »

Parfois, il y a des personnes que l’on aime au premier regard, il n’y a rien qui puisse expliquer cela.

Parfois, il y a des personnes que l’on aime au premier regard, il n’y a rien qui puisse expliquer cela.  Il est évident que Bouclé était courtois, mais, en même temps, je voyais qu’il y avait quelque chose de bon en lui.
« Güven, je peux t’appeler Bouclé ? »
Güven tout souriant dit : « C’est bon ! »
C’est ainsi que notre amitié avec Bouclé a commencé. Non seulement nous partagions le même banc, mais nous nous promenions aussi ensemble dans les couloirs, dans la cour et à la cantine. Il était plus studieux que moi, et, grâce à ses copies, mes notes s’amélioraient. Les commères de l’école disaient que j’étais devenu son ami par égoïsme, mais moi j’aime les gens dès que je les rencontre et je ne compte pas changer cela.
D’ailleurs, notre amitié n’était pas à sens unique : Bouclé aimait jouer avec moi et faire des bêtises. Cela ajoutait de nouvelles couleurs à son visage souriant. Et mon visage lui aussi était devenu plus souriant. Les tracas que je traînais comme une bosse avaient fondu. Je donnais des tuyaux à Bouclé sur des questions vitales telles que comment sécher les cours, comment déguiser les problèmes aux yeux des parents.  La vie était un long marathon. Il pourrait utiliser mes tuyaux pour d’autres situations.
Bouclé m’a appris à jouer aux échecs. Au début, je m’ennuyais, puis j’ai commencé à devenir ambitieux, et j’avais même atteint un assez bon niveau. A plusieurs reprises j’ai failli le battre.
À l’époque, il y avait deux types de magnétoscopes : VHS et Betacam. Nous avions la VHS. Celui qui remportait la partie d’échecs choisissait un film. Nous le regardions à la maison pendant le week-end. Cela a duré deux mois, tous les week-ends. Comme Bouclé gagnait, c’est lui qui décidait du film. En matière de goût, c’était un garçon avec des idées précises. Nous avions visionné le même film de 1992 au moins vingt fois en deux mois. Un film d’animation dont j’avais appris chaque image par cœur, et dont je me souviens encore des dialogues.  Bouclé adorait le personnage d’Aladdin, et chaque fois qu’il me battait aux échecs, il faisait semblant de réfléchir :
« Eh bien… alors regardons Aladdin… »
J’aimais généralement faire l’espiègle, mais Bouclé le demandait si sincèrement, du fond du cœur, que je ne pouvais pas lui refuser.
« D’accord, allons-y pour Aladdin ! »
La mère de Bouclé m’invitait très souvent chez eux, mais je n’y suis allé qu’une seule fois. Pour être honnête, j’avais peur de leur énorme chien. Alors je déclinais les invitations. Je préférais que ma peur des chiens reste un problème intérieur. Je ne voulais pas l’afficher pour qu’elle ne soit pas source de moquerie aux yeux des autres. En fait, je n’avais tout simplement pas le courage de faire face à mes peurs.
Mais Bouclé avait immédiatement compris la situation. Il a lu la peur sur mon visage au moment où j’avais rencontré Sinbad dans leur salon. Sinbad était un chien-loup au regard menaçant qui me faisait vraiment peur alors que son regard pour Bouclé était plein d’obéissance et d’amour.
Depuis lors, je ne pouvais même plus me forcer à passer devant leur maison.
L’amitié est une chose étrange… Bouclé n’a jamais profité de la situation, il ne s’est pas moqué de moi. Si j’avais été à sa place, au contraire, je l’aurais sans doute toujours invité à regarder le film chez moi !

Le vendredi, nous commencions à jouer aux échecs pendant la récréation, et, en fonction du vainqueur, nous déterminions les événements du week-end. Parfois Bouclé, par politesse, faisait des manœuvres invisibles pour perdre la partie.
Moi, je n’aimais pas perdre, et je m’ennuyais à faire des choses répétitives. Grâce a Bouclé, je n’étais plus ni hyperactif ni turbulent. Regarder trente fois le même film ne pouvait s’expliquer que par l’amitié qui nous liait. S’il m’arrivait de gagner, je choisissais un film de Van Dam ou de Chuck Norris, qui étaient alors au sommet de leur gloire. Je savais que Bouclé n’aimait pas ce monde et qu’il préférait vivre dans le monde de contes de fée qu’il avait lui-même créés.

Nous ne nous sommes pas vus pendant les vacances d’été, mais nous avions gardé le contact par téléphone. Bouclé et sa famille étaient en vacances dans leur villa à Balikesir.

L’année quatre-vingt-quinze touchait à sa fin.
Septembre est arrivé et nous avions de nouveau des jours gris et pluvieux. La grisaille s’était emparée de la rentrée, le temps essayait de rendre gris toutes les rues et tous les boulevards. Je ne traînais plus la tête baissée jusqu’à l’école. J’avais une raison de me réjouir et rêvassais déjà à ce que je ferai avec Bouclé pendant l’hiver.
Les redoublants de l’année dernière étaient assis d’un côté et nous de l’autre côté de la classe. La tension stupide habituelle des premiers jours de classe se mêlait aux voix agitées.  À mon banc s’étaient assis les redoublants avec leurs visages boutonneux et leurs fines moustaches. J’ai trouvé un endroit tranquille et je me suis installé.
Bouclé, lui, n’était pas là.
Il n’est pas venu non plus à la fin de la semaine. Chaque fois, en face de son nom, on écrivait « absent ». Comme je savais qu’il reviendrait, par des querelles et des bagarres, je lui gardais sa place.
Plusieurs fois, je l’ai appelé au téléphone, mais personne ne répondait. Paniqué, je suis allé jusqu’à la cour de leur maison mais la porte était fermée et Sinbad n’était pas là.
À la fin de la deuxième semaine, ils ont même cessé d’écrire « absent » à côté de son nom. Plusieurs fois, j’ai questionné les professeurs et le directeur, mais rien ne m’a été dévoilé. 

Ankara se préparerait à l’hiver. Les cheminées fumaient déjà. Avec le froid, les grincheux et les anxieux étaient de retour.
Au début de la cinquième semaine, Bouclé s’est assis à mon banc, il m’a regardé et a essayé de sourire. Toute la classe s’était rassemblée autour de lui. Tout en me regardant, Bouclé a enlevé son chapeau et un crâne chauve est apparu en dessous. Avant que je comprenne ce qui se passe, le directeur est entré dans la salle de classe.
« Asseyez-vous, les enfants. »
Toute la classe a regardé avec étonnement la tête chauve de Bouclé.
« Les enfants, votre ami Güven était absent depuis un certain temps, pour cause de maladie. Il voulait vous voir. Il continuera son traitement à l’hôpital. »
Bouclé avait un cancer.

La première fois que je suis allé le voir à l’hôpital, je n’ai même pas compris comment j’avais pu inventer un mensonge pour le rendre heureux.
“Tu sais, j’ai un chien. »
Ses yeux se sont illuminés et ont brillé. Il s’est levé sur le lit où il était allongé.
« Vraiment ? »
« Oui, je n’ai plus peur des chiens. »
« Comment il s’appelle ? Quelle est sa race ?
J’ai dit la première chose qui m’est venue à l’esprit.
« Je l’ai trouvé dans la rue. Il s’appelle Aladdin. »
« Je suis si heureux ! Sinbad me manque beaucoup ! »

Sinbad attendait Bouclé à la villa de Balikesir.
Tous les week-ends, à l’hôpital, on regardait Aladdin. À chaque fois, c’était comme si c’était la première fois ! Puis je lui racontais ce que faisait mon chien Aladdin. Et lui me racontait ce qu’il ferait avec Sinbad à sa sortie de l’hôpital.
Je vivais dans mon mensonge : je lui racontais que je passais des moments merveilleux avec mon chien, que les chiens des rues ne me faisaient plus peur…
Avec mon chien imaginaire, j’avais surmonté cette peur.

La fin de l’année approchait. Il restait une semaine avant les vacances d’hiver.
En entrant dans l’école, j’ai été frappé par un silence inhabituel. Il résonnait dans mes oreilles et se répandait dans tout mon être.
Sur le banc, il y avait des œillets ramassés dans la cour de l’école. Toute la classe avait la tête baissée et essayait de cacher ses larmes. Les garçons plus âgés au visage bête pleuraient.
J’ai regardé les fleurs pendant un moment. J’ai observé le silence de la classe puis j’ai pris la décision de me précipiter dehors.
C’était comme marcher dans le vide.
Si quelqu’un m’avait arrêté pour me demander ce qui se passait, je n’aurais pas été capable de lui répondre. Je ne pouvais pas exprimer le vide qui me remplissait.
J’ai erré dans les rues qui se préparaient pour la nouvelle année. Je traversais aux feux rouges, je me frayais un chemin en heurtant les gens de mes épaules. Je marchais sans but.
J’ai accéléré mes pas. Je transpirais.
Et le soleil est apparu, chose inhabituelle en cette saison.
Je n’ai pas traversé le trottoir, je me suis arrêté sur la passerelle. J’ai attendu que le feu passe au vert, et j’ai essayé de contrôler ma respiration. Après avoir pris une profonde inspiration et avoir levé la tête, mon regard s’est attardé sur un énorme panneau d’affichage : le théâtre d’État d’Ankara mettait en scène la comédie musicale « Aladdin ».
Le soleil filtrait à travers les nuages. J’ai regardé le panneau sans prêter attention aux gens qui passaient.
Tous les nuages avaient à présent disparu. Le soleil me saluait depuis la colline.
J’ai vu un chien errant sous le panneau d’en face. Tout comme moi il observait le panneau. Après l’avoir regardé de plus près, j’ai réalisé à quel point il ressemblait à « mon » Aladdin : la posture, l’âge, la couleur …
Exactement comme je l’avais décrit à Bouclé…

J’ai souri – comme Bouclé savait si bien le faire – et des larmes ont coulé.

Traduit par Şentürk Demircan
https://scope-voyage.fr

Remerciements : #Kafasinagöre #EnginAkyürek
#Şentürk Demircan #ScopeVoyageTurquie

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English Version 👇

SENE DOKSAN BEŞ – « YEAR NINETY-FIVE » By Engin Akyürek Kafasına Göre, Issue N° 41, November-December 2021

In those days, when I was bored, I felt oppressed and did not even talk to myself.
Ankara hid all the colors. For several weeks, indeed, the grey colour seemed to permeate to the depths of my heart and the cold weather united with the pale colour, had become the soul of the whole city.  If only these clouds would dissipate and disappear! If only the sun could wink at me, at least once, then everything would be better and this senseless sadness would leave my soul! It was not a wish, but faith expressed aloud… I didn’t want to go to school nor to run away from school. Until the age of fifteen, I had not experienced an existential crisis. So I was in a state that I didn’t understand. It annoyed my soul, tied my hands and, most importantly, my mind. If only spring would come! Warm smiles would bloom on the sidewalks again, and I would grow up a little!

The winter vacation were also boring. For fifteen days, Ankara was accompanied by wet snow, wind and rain for fifteen days, I couldn’t realize what was happening to me: I was just balancing on the edge of an ordeal that no words could describe.  Having no smartphone in my hands, I had to face the storms while looking at the grey clouds. There were still five years left for the new millennium, twenty years (I thought so!) for flying cars, and twelve years for Facebook to appear.

After that boring vacation, I wasn’t rushing back to school. Anyone who saw me could immediately say that something was wrong with me. My problem: I was in trouble, but not really in trouble…I walked into the classroom and someone was sitting at my desk.
« This is my seat. Who are you? »
Most of my classmates were in the hallway. There was no one to explain the situation to me. A boy with curly hair, a stranger, looked at me with a smile.
« Hello! My name is Güven. I’m new here ».
The tone of my voice was that of someone in embarrassment.
« Aaahh..« 
« I’m sorry if I took your place. »
I was surprised that he explained the situation so courteously. I wasn’t used to such politeness.
« No problem. »
The curly boy began to pick up his notebook, textbook, and pens neatly tucked into his bag.
As he stood up, I told him: »No, there’s really no problem. I was sitting alone anyway. » Curly’s face brightened and he looked at me with a smile.
« Thank you. »

Sometimes there are people you like at first sight, there is nothing that can explain that.. 

Sometimes there are people you like at first sight, there is nothing that can explain that..  It is obvious that Curly was courteous, but at the same time I could feel that there was something good in him.
« Güven, can I call you Curly?
Güven smiled and said, « That’s okay! »
That’s how our friendship with Curly began. Not only did we share the same desk, but also roaming together in the hallways, in the yard and in the canteen. He was more studious than I was, and thanks to his papers, my grades level improved. The gossipers at school  said that I became his friend out of selfishness, but I like people as soon as I meet them and I don’t intend to change that.
Besides, our friendship was not one-sided: Curly liked to play with me and do mischiefs, too. It added new colors to his smiling face. And mine became more smiley too. The worries I had been carrying around like a lump had melted away. I was giving Curly tips on vital issues such as how to skip school, how to disguise problems from parents.  Life was a long marathon. He could use my tips for other situations.
Curly taught me how to play chess. At first I was bored, then I started to become ambitious, and I had even reached a fairly good level. On several occasions I almost beat him.
At that time there were two types of video players : VHS and Betacam. We had VHS. Whoever won the chess game would pick a movie. We watched it at home over the weekend. This lasted two months, every weekend. Since Curly usually won, he was the one who decided which movie to watch. As far as the taste is concerned, he was a boy with precise ideas. We had seen the same 1992 film at least twenty times in two months. An animation film in which I had learned every frame by heart, and I still remember the dialogue.  Curly loved the character of Aladdin, and every time he beat me at chess, he would pretend to think:
« Well…then let’s watch Aladdin… »
I usually liked to play mischief, but Curly asked so sincerely, from the bottom of his heart, that I couldn’t refuse him.
« Okay, let’s go for Aladdin! »
Curly’s mom invited me to their house very often, but I only went once. To be honest, I was afraid of their huge dog. So I would decline the invitations. I preferred, my fear for dogs to remain my inner problem, and not to show it too much to others . In fact, I just didn’t have the strength to face my fears.
But Curly immediately understood the situation. He read the fear on my face the moment I had met Sinbad in their living room. Sinbad was a wolfhound with a frightening look that really scared me, but his look for Curly was full of obedience and love.
Since then, I couldn’t force myself even to walk past their house.
Friendship is a strange thing… Curly never took advantage of the situation, he didn’t make fun of me. If I had been in his place, on the contrary, I would have probably always invited him to watch the movie at my place!

On Fridays, we would start playing chess during the breaks, and depending on who won, we would determine the events for the weekend. Sometimes Curly, out of politeness, would make invisible moves to lose the game. I didn’t like to lose, and I was bored doing repetitive things. Thanks to Curly, I was no longer hyperactive or unruly. Watching the same movie thirty times could only be explained by the friendship that bound us. If I won, I chose a movie with Van Dam or Chuck Norris,  who were at the height of their fame. I knew that Curly didn’t like this world and preferred to live in the fairy tale world he had created.

We did not see each other during the summer vacations, but we kept in touch by phone. Curly and his family were on vacation at their villa in Balikesir.

The year ninety-five was coming to it’s end.
September arrived and we had grey and rainy days again. The greyness had taken over the beginning of the school year, the weather was trying to turn all the streets and boulevards grey. I no longer dragged my head down to school. I had a reason to rejoice and was already dreaming about what I would do with Curly during the winter.
Last year’s repeaters were sitting on one side of the classroom and we were on the other. The usual silly tension of the first school days was mixed with the restless voices.  Some of the repeaters were sitting at my desk with pimpled faces and thin mustaches.  I found a quiet place and sat down.
Curly wasn’t there.
He didn’t come at the end of the week, either. Each time, in front of his name, it was written  « absent ». As I knew he would come back, through quarrels and fights, I saved his place.
Several times I called him on the phone, but nobody answered. I entered the yard of their house in fear but the door was locked and Sinbad was not there.
By the end of the second week, they even stopped writing « absent » next to his name. Many times I questioned the teachers and the principal, but nothing was revealed to me.

Ankara began to prepare for winter. The chimneys were already smoking. With the cold, grumpy and anxious people were back.
At the beginning of the fifth week after the first school day, Curly sat at my desk, looked at me and tried to smile. The whole class had gathered around him. While looking at me, Curly took off his hat and a bald head appeared underneath. Before I knew what was happening, the principal entered the classroom.
« Sit down, children. »
The whole class stared in amazement at Curly’s bald head.
« Children, your friend Güven has been away for a while, due to illness. He wanted to see you. He will continue his treatment in the hospital. »
Curly had cancer.

The first time I went to see him in the hospital, I didn’t even understand how I could have made up a lie to make him happy.
« You know, I have a dog. »
His eyes lit up and glowed. He got up on the bed where he was lying.
« Really? »
« Yes, I’m not afraid of dogs anymore. »
« What’s his name? What’s his breed?
I said the first thing that came to mind.
« I found it on the street. His name is Aladdin. »
« I’m so happy! I miss Sinbad so much! »

Sinbad was waiting for Curly at the villa in Balikesir.
We watched Aladdin at the hospital over the weekend. Every time, it was like the first time. Then I would tell him what my dog Aladdin was doing. And he would tell me what he would do with Sinbad when would leave the hospital.
I dived in my lie : I told him that I was having a wonderful time with my dog, that street dogs didn’t scare me anymore…
With my imaginary dog, I had overcome this fear.

The end of the year was approaching. There was one week left before winter break. As I entered the school, I was struck by an unusual silence. It resonated in my ears and spread throughout my body.
On the desk, there were carnations picked up from the schoolyard. The whole class had bowed their heads and were trying to hide their tears. The older boys with silly faces were crying.
I looked at the flowers for a while. I observed the silence in the classroom and then made the decision to rush out.
It was like walking through a vacuum.
If someone had stopped me to ask what was going on, I wouldn’t have been able to answer them. I couldn’t express the emptiness that filled me.
I wandered the streets that were preparing for the new year. I crossed at the red lights, made my way by bumping into people with my shoulders. I walked aimlessly.
I quickened my steps. I was sweating.
And then the sun appeared, something unusual for this time of the year.
I didn’t cross the opposite sidewalk, but stopped on the walkway. I waited for the light to turn green, and tried to control my breath. After taking a deep breath and looking up, my gaze felt on a huge billboard: the Ankara State Theater was staging the musical « Aladdin. »
The sun was filtering through the clouds. I looked at the billboard without paying attention to the people passing by.
All the clouds were disappearing. The sun was greeting me from the hill.
I saw a stray dog under the billboard across the street. Just like me he was watching the billmboard. After having a closer look, I realized how much he looked like  « my » Aladdin: The posture, The age, The color…
Everything was exactly as I had described it to Curly…
I smiled – as Curly knew so well how to do – and tears came down.

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