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Kafasınagöre, Numéro 36 – Edition janvier-février 2021 – Auteur: Engin Akyürek

Le jour où il apprit à lire et à écrire, Mehmet Nuri eut le sentiment que son voyage en tant qu’écrivain avait commencé. En tout cas, ce n’était pas un enfant très bavard. Les phrases avaient du mal à atteindre ses cordes vocales, mais il apprit à les empiler entre les doigts de la main qui tenait le stylo. Si vous le regardiez dans les yeux en lui disant quelque chose, il transférait ce qu’il avait entendu à son âme, et ne levait pas le regard du sol jusqu’à ce que ses joues cessent de brûler. Une fois que le sentiment de honte pénétrait dans une personne, elle pouvait passer toute son enfance avec les joues brûlantes

Le jour où il prit le stylo et apprit à écrire, il découvrit un tout nouvel univers. Un tout nouvel univers, dans lequel personne n’était entré auparavant, où il était le seul à pouvoir marcher, et où lui seul pouvait en fixer les limites. Et c’était probablement dans ce monde, découvert par lui, que vivait son frère jumeau. Et ce frère lui envoya des phrases de l’univers nouvellement découvert. Il commença à décrire chaque moment qu’il observait, chaque moment dont il était témoin. Mais en le décrivant, il transforma la réalité, la transforma en une réalité née dans sa tête. En d’autres termes, l’histoire suivait les événements de son univers. 

Une fois, le professeur de langue turque de l’école primaire demanda à tout le monde de décrire en détail le dernier pique-nique de la classe. Le soir, Mehmet Nuri s’assit pour accomplir cette tâche, mais sans succès. Il écrivait depuis qu’il était dans ce monde, mais pour la première fois, tout le monde, sauf lui, lisait ce qu’il écrivait, et même toute la classe l’écoutait.

L’univers qu’il avait découvert restait silencieux, et le frère jumeau ne faisait aucun bruit. On avait dit à Mehmet de s’en tenir à la vérité, de raconter ce qu’il avait vu. Pour Mehmet Nuri, la chose appelée « réalité » était insipide comme de la nourriture sans épices, sans attrait. Il se figea sur son cahier de devoirs mais n’écrivit pas une seule phrase. Ses yeux avaient commencé à s’alourdir. Au moment où il posa sa tête sur l’oreiller, il reçut un message de son frère jumeau venant de l’univers nouvellement découvert. Et en quelques minutes, il remplit la page blanche comme neige qu’il avait fixée pendant des heures. Il transforma la réalité en un pique-nique auquel lui seul avait participé. 

Il commença à lire sa rédaction à la classe, clairement et à voix haute. Il était si sûr de lui que sa confiance avait même refroidi ses joues flamboyantes. Lors d’un pique-nique, il se perdit dans les bois avec un camarade de classe avec qui il ne s’entendait pas. Et il créa ainsi un ami perdu dans son monde ; il fit pleuvoir alors qu’il n’avait pas plu au pique-nique de la réalité ; puis il décrivit deux camarades de classe qui ne s’aimaient pas, mais qui se lièrent d’amitié dans une grotte où ils s’étaient réfugiés de la pluie. La dernière phrase de son histoire était : « Il n’y avait pas ni temps ni lieu pour se comprendre ». Quand il eut fini de lire, la classe se tut. Chacun essayait de comprendre ce qu’il venait d’entendre et observait le professeur afin de guetter sa réaction et savoir comment se moquer de lui.  Le silence fut rompu par l’enseignant: 

« Qu’est-ce que c’est, mon fils ? Qu’est-ce que je t’ai dit d’écrire, et qu’as-tu écrit ?

Soudain, toute la classe fut prise d’un rire jusqu’alors contenu. Tout le monde se mit à sauter en riant, se cogner la tête contre les pupitres, et à se pousser l’un et l’autre en salivant. Les joues flamboyantes de Mehmet s’allumèrent à nouveau comme une lanterne. Il avait beaucoup réfléchi à ce qu’il fallait écrire, dans quelle mesure décrire la réalité, et où commencer à présenter sa propre réalité. L’écrivain était-il une sorte de scribe qui se contentait d’enregistrer ce qu’il avait vu et entendu. 

Mehmet Nuri grandit, devint un grand homme, obtint son diplôme de fin d’études secondaires et universitaires, mais ne cessa pas d’écrire. S’il rencontrait un morceau de papier, se retrouvait seul devant une feuille vierge, il se mettait à écrire quelque chose. Il envoya ce qu’il écrivit à des magazines littéraires, alla de porte en porte avec un dossier à la main, visita des maisons d’édition. Il fit tout ce qui était en son pouvoir pour que les gens lussent ce qu’il avait écrit, mais il n’obtint rien. Ses écrits étaient-ils mauvais ou fallait-il quelque chose d’autre pour réussir? il ne le savait pas.

La vie ne se déroulait pas comme il le souhaitait, et ses rêves ne pouvaient pas expliquer la façon dont allaient les choses. Pour certaines personnes, c’est la définition du malheur. Il perdit sa joie, étouffa ses rires, et ne sentit plus ses joues brûler. Il se maria et son mariage ne fut pas heureux, il eut un fils et une fille. En raison de son incapacité à écrire, il échoua également dans sa profession. Dieu merci, sa femme travaillait dans une banque et ramenait de l’argent à la maison. Il savait qu’il n’appartenait pas à ce monde, en fait. Il n’y avait aucun problème dans le monde de ses rêves, tout y suivait son propre chemin ; le problème était la soi-disant « réalité » qui était de mauvais goût et impitoyable. Il passa plus de vingt ans à se promener dans les maisons d’édition avec un dossier à la main. Il écrivit un roman et le publia avec son propre argent, mais seuls sa femme, ses amis et ses parents l’achetèrent. Oui, il pouvait voir que tous ses ennuis venaient de l’écriture, mais ses yeux ne voyaient rien d’autre et ses mains ne faisaient rien d’autre. «Ce ne sont pas mes mots» insistait Mehmet Nuri à propos de lui-même.

Il était fatigué, des rides apparurent sur son visage, ses yeux se brouillèrent, le sourire disparut de son visage. Et le pire, c’est qu’il perdit son frère jumeau dans le monde nouvellement découvert. Le frère n’avait pas fait de bruit depuis longtemps ; il n’avait pas envoyé de messages. Avant, quand Mehmet lui écrivait, le jumeau élevait la voix, lui envoyait des photos, mais plus maintenant.  Il était parti. Mehmet Nuri se demanda longtemps pourquoi il avait perdu son monde nouvellement découvert et si on le lui avait enlevé. Il restait assis pendant des heures devant la page blanche comme neige, le stylo à la main, incapable d’écrire un mot. Il s’enferma dans une chambre, dans un endroit qui n’avait pas de porte et où personne ne pouvait entrer ; il s’était perdu intérieurement. 

Mehmet Nuri approchait de la quarantaine. Il vendait des citrons au marché et rapportait chez lui les centimes qu’il gagnait. Son visage était plus amer que les citrons qu’il vendait. Les rides sur son visage décrivaient la dernière fois qu’il avait ri. Une fois, il rencontra son camarade de classe Selim au marché. C’était comme si Selim venait d’enlever son uniforme scolaire et qu’il allait au marché. Mehmet voulut lui dire qu’il n’avait pas changé du tout, l’interpeller, mais il ne le put. Ses cordes vocales avaient rétréci et l’en empêchaient. 

Sur le chemin du retour, Mehmet Nuri se mit à penser à Selim, C’était son camarade au lycée. Il se souvenait de sa famille et des jours où il allait chez eux pour faire ses devoirs; Le père de Selim avait une merveilleuse bibliothèque, remplie de nombreux livres classiques ; Mehmet Nuri enemprunta et en lut beaucoup. Il était très impressionné, et cherchait maintes excuses pour aller chez Selim afin d’étudier avec lui. Ce souvenir le rendit peu à peu plus joyeux. Au retour du marché, la texture aigrie de son visage commença à s’adoucir. C’était comme si son âme soupirait, les traits de son visage reprenaient vie. Il alla directement dans sa chambre, et prit crayon et bloc-notes qu’il n’avait pas touchés depuis longtemps. Il allait écrire une histoire sur le père de Selim. 

En fait, Mehmet Nuri continua à écrire tous les jours pendant trois mois, sans dormir, et rédigea un roman en deux volumes. Il le relut plusieurs fois, et le sourire oublié de Mehmet Nuri réapparut sur son visage. « C’est le meilleur roman que j’aie jamais écrit » pensa-t-il.  Dès la première maison d’édition, les éditeurs furent éblouis par le manuscrit. Contrairement à ce que Mehmet Nuri leur avait envoyé auparavant, le style de narration et la présentation de l’histoire étaient ici très réussis. 

Le roman s’intitulait « Platane » (mis à part le nom d’un arbre, « Platane » était aussi le nom de famille de Selim). Mehmet Nuri dépeignait la famille comme un platane, et son langage ne ressemblait en rien à celui de d’auparavant. Au début, le livre ne suscita pas beaucoup d’intérêt, mais après qu’un chroniqueur respecté l’eut recommandé, il entra brièvement dans la liste des best-sellers. Ainsi, en milieu de vie, à la quarantaine, Mehmet Nuri découvrit un bonheur auquel il n’avait pas jusqu’alors gouté. Pour la première fois, sa femme et ses enfants se sentirent une famille aux yeux de Mehmet Nuri. C’était comme s’il renaissait littéralement et que toutes ses cellules revenaient à la vie. Le livre fut transformé en deux volumes et connut un grand succès. Il fut publié à plusieurs reprises et battit des records de vente. Mehmet Nuri donna des interviews pour des journaux et des magazines littéraires.  Une série fut tournée, basée sur son livre et devint très populaire. Il acheta une maison pour la famille et une voiture pour sa femme. La vente du deuxième volume se déroula également bien, et l’éditeur exigea immédiatement un troisième volume. Les lecteurs étaient curieux de connaître la suite de l’histoire, et vivaient le bonheur d’avoir découvert un nouvel écrivain.  Mehmet Nuri, avec la chance de gagner de l’argent grâce à son écriture, même si c’était trop tard, avait appris à tenir ses rêves dans ses mains mais il n’avait toujours pas le courage d’écrire quelque chose de nouveau. Il avait écrit l’histoire de la famille de Selim telle qu’il la connaissait, et maintenant il réalisait qu’il ne connaissait pas l’histoire du troisième volume. Il essaya d’écrire d’autres choses, mais son esprit était toujours dans « Platane » au sujet du père de Selim. L’éditeur et les lecteurs s’attendaient à une suite. 

Mehmet Nuri regrettait de ne pas avoir interpellé Selim au marché à l’époque. Un sentiment de culpabilité lui rongeait l’âme, touchait ses points les plus douloureux, et maintenait tout son corps enchaîné. Il commença à aller au marché tous les week-ends, là où il avait rencontré Selim, attendant dans un coin en face de l’étal où il vendait ses citrons, dans l’espoir de le revoir.

En regardant l’étalage de citrons qu’il avait abandonné, Mehmet Nuri se sentit comme un voleur et son âme s’en aigrit. Il essaya de rechercher Selim sur les réseaux sociaux, par l’intermédiaire d’anciens camarades de classe du lycée, mais il ne trouva rien qui le concernât, ni aucune information. La maison d’édition le pressait pour le troisième volume, et chaque soir il s’asseyait pour tenter d’écrire quelque chose, mais le matin arrivait sans qu’il ait écrit un seul mot. Afin de se distancer du roman « Platane », il écrivit plusieurs nouvelles. La maison d’édition ne les trouva pas à son goût, et les considéra plutôt médiocres par rapport aux deux volumes précédents. 

Mehmet Nuri revint progressivement à son état précédent et commença à passer ses journées à attendre dans la solitude de son bureau. Ce vide s’infiltra au travers des murs de toute la maison, affectant sa femme et ses enfants, et ne se répandit ni dans les rues ni dans les boulevards, mais plutôt se glissa dans son âme, une âme qui se gonfla et s’enfla.

Finalement, l’éditeur perdit tout espoir d’obtenir un troisième volume. Trois années s’étaient écoulées depuis la première édition. À des fins publicitaires, le roman « Platane » fut vendu à un tiers de son prix en librairie. Lors de la première édition, la maison d’édition reçut des piles de lettres et de courriels. Mehmet Nuri les lut attentivement et répondit à chacun d’entre eux, même avec un mois de retard. Leur contenu était toujours le même, tout le monde attendait la suite du roman, et faisait l’éloge de Mehmet Nuri comme un talent découvert tardivement. Il avait l’habitude de lire les premières phrases des lettres, et ceux qui parlaient de l’anticipation du troisième volume, il ne les lisait pas. 

Trois lettres arrivèrent de la maison d’édition. Il avait l’habitude de lire la lettre en premier, puis de regarder qui l’avait écrite et d’où elle venait. Il lut les mots d’introduction des deux premières lettres et les laissa. Puis, il prit la dernière et commença à la lire. Dès la première phrase, le souffle de son âme s’échappa dans le néant, et sans la lire, il chercha le nom de l’expéditeur.

L’expéditeur : Selim Çinar, Californie, États-Unis 

« Cher ami de lycée Mehmet Nuri, 
J’espère que tout va bien pour toi et que ta vie se passe bien. Ça n’a pas été facile de te retrouver mon camarade de classe. Tu n’étais pas sur les réseaux sociaux, et nos anciens amis n’avaient ni ton téléphone ni ton adresse. En fait, j’ai dû deviner qu’une personne comme toi n’aurait pas de compte sur le réseau. Je vis en Amérique depuis vingt ans maintenant ou, plus précisément, toute la famille est venue ici dès que j’ai obtenu mon diplôme. Cela fait vingt ans que je ne suis pas retourné dans mon pays d’origine. C’est pourquoi j’ai lu ton roman trop tard. J’en ai entendu parler par hasard lors d’une conversation avec un ami, et je l’ai immédiatement commandé en ligne. J’ai regardé la couverture arrière et j’ai été extrêmement surpris, mon camarade.

J’ai vu, la famille « Platane », le nom de mon père, de mes sœurs et de mon grand frère. J’ai été très surpris, crois-moi. Tu venais chez nous pour faire tes devoirs, nous avons passé des heures ensemble, mais j’ai été choqué qu’après tant d’années, tu te souviennes de nos noms, et surtout que tu les utilises dans le roman.

Cher ami de lycée, ton roman est impressionnant et a du succès, je tiens à le mentionner en premier lieu. J’ai même été très ému… Mais je veux aussi souligner que je ne peux que rêver que notre histoire familiale fut vraiment comme ça, que mon défunt père fut vraiment l’homme sensible que tu as décrit.  Je ne peux que rêver d’une famille comme celle de ton roman, comme un platane, profondément enracinée et capable d’unité. Dès que j’ai lu ton roman, j’ai appelé ma petite sœur, que je n’avais pas vue depuis longtemps, et j’ai aussi parlé à mon grand frère. Merci beaucoup de me rappeler combien c’est important. 

Mon cher ami de lycée, à part les noms, aucune des histoires ou des sentiments que tu décris ne correspond à notre famille. C’est un chef-d’œuvre de roman. Je ne sais pas pourquoi tu as utilisé nos noms ;j’aimerais que tu me le dises.  

Mon cher ami de lycée, j’attends avec impatience le troisième volume. J’ai hâte de lire les sentiments que je n’ai jamais pu éprouver. 

Avec Amour. 

Mehmet Nuri termina sa lecture, sortit une feuille de papier, un stylo, et respira profondément avant d’entamer son troisième volume. Il écrivit la première phrase, puis tout le roman commença à déferler sous ses yeux sur la page vierge. Probablement, son frère était venu l’aider à l’improviste.

“Birbirimizi anlamanın yeri ve zamanı yoktu.”
« Il n’y avait ni temps ni lieu pour se comprendre. »
« There was no time or place for understanding each other. »

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English Version 👇

The Plane Tree

Kafasınagöre, N° 36 (January-February 2021) – Author : Engin Akyürek

The day he learned to read and write, Mehmet Nuri felt that his journey as a writer had begun. In any case, he was not a very talkative child. Phrases had difficulty reaching his vocal cords, but he soon learned to stack them between the fingers of the hand holding the pen. If you looked him in the eye and said something, he would transfer what he heard to his soul, and would not look up from the ground until his cheeks stopped burning. Once the feeling of shame entered a person, they could spend their entire childhood with burning cheeks.

The day he picked up the pen and learned to write, he discovered a whole new world. A whole new universe, where no one had entered before, one that only he could walk into, and one where only he could set the limits. And it was probably in this world, discovered by him, that his twin brother lived. And this brother was sending him sentences from the newly discovered universe. He began to describe every moment he observed, every moment he witnessed. But in describing it, he was transforming reality, turning it into a reality born from his head. In other words, history followed the events of his universe.

Once, the Turkish language teacher at the elementary school asked everyone to describe in detail the last picnic in the class. In the evening, Mehmet Nuri sat down to accomplish this task, but without success. He had been writing since he was in this world, but for the first time, everyone but him was reading what he was writing, and even the whole class was listening to him.

The universe he had discovered remained silent, and the twin brother made no noise. Mehmet had been told to stick to the truth, to tell what he had seen. For Mehmet Nuri, the thing called « reality » was tasteless like food without spices, without appeal. He froze on his homework book and didn’t write a single sentence. His eyes began to grow heavy. The moment he laid his head on the pillow, he received a message from his twin brother from the newly discovered universe. And within minutes, he filled the snow-white page he had been staring at for hours. He turned reality into a picnic that only he attended.

He began to read his essay to the class, clearly and loudly. He was so confident that his confidence even cooled his flaming cheeks. At a picnic, he was lost in the woods with a classmate he didn’t get along with. And he created a lost friend in his world; he made it rain at the picnic that didn’t fall in reality; then he described two classmates who didn’t like each other befriending each other in a cave where they were hiding from the rain. The last sentence of his story was: « There was no time or place for understanding each other ». When he finished reading, the class was silent. Everyone tried to understand what they had just heard and followed the teacher’s eyes to detect the reaction they were going to give by laughing at him. The silence was broken by the teacher :
« What is this, my son? What did I tell you to write, and what did you write?

Suddenly, the whole class released the laughter hidden until then in silence. Everyone jumped up and down laughing, bumping their heads on the desks, pushing each other and salivating. Mehmet’s flaming cheeks lit up again like a lantern. He had thought a lot about what to write, how to describe reality, and where to start presenting his own reality. Was the writer a kind of scribe who merely recorded what he saw and heard?

Mehmet Nuri grew up, became a great man, graduated from high school and university, but never stopped writing. If he saw a piece of paper, if he left alone with a blank sheet of paper, he would start writing something. He sent what he wrote to literary magazines, went from door to door with a file in his hand, visited publishing houses. He did everything he could to make people read what he had written, but he achieved nothing. Were his writings bad or did he need something else to succeed – he didn’t know…

Life was not going the way he wanted it to go, and his dreams could not explain the way things were going. For some people, this is the definition of unhappiness. He lost his joy, smothered his laughter, and could no longer feel his cheeks burning. He got married, his marriage was not happy, he had a son and a daughter. Due to a writing problem, he also failed in his profession. Thank God his wife worked in a bank and brought money home. He knew that he did not belong in this world. There were no problems in the world of his dreams, everything there followed its own path; the problem was the so-called « reality » – it was tasteless and ruthless. He spent more than twenty years walking around publishing houses with a file in his hand. He wrote a novel and published it with his own money, but only his wife, friends and relatives bought it. Yes, he could see that all his troubles came from writing, but his eyes saw nothing else and his hands did nothing else. These are not my words, Mehmet Nuri insisted about himself.

He was tired, wrinkles appeared on his face, his eyes blurred, the smile disappeared from his face … And the worst thing is that he lost his twin brother in the newly discovered world. The brother hadn’t made any noise for a long time, hadn’t sent any messages. When Mehmet wrote to him, the twin raised his voice, sent him pictures, but not now; he was gone. Mehmet Nuri wondered for a long time why he had lost his newly discovered world or if it had been taken away from him. He sat for hours in front of the snow-white page, pen in hand, unable to write a word. He had closed himself off in a room, in a place that had no door and where no one could enter, he had lost himself.

Mehmet Nuri approached his mid-forties. He sold lemons at the market and took home the pennies he earned. His face was sourer than the lemons he sold. The wrinkles on his face describe the last time he laughed. Once he saw his classmate Selim at the market. It was as if Selim had just taken off his school uniform and was going to the market. Mehmet wanted to tell him that he hadn’t changed at all, to yell at him, but he couldn’t. His vocal cords shrunk and prevented him from doing so.

On the way back from the market, Mehmet Nuri was thinking about Selim, he was his high school classmate. He remembered his family and the days when he would go to their house to work on his homework; Selim’s father had a wonderful library, full of many classic books; Mehmet Nuri took and read many of them. He was very impressed, and looked for an excuse to go to Selim’s house, to study with him. This memory gradually filled him with joy. When he returned from the market, the sour texture of his face began to soften. It was as if his soul sighed, the features of his face came back to life. He went straight to his room and took the pen and notebook, which he hadn’t touched in a long time. He was going to write a story about Selim’s father.

Mehmet Nuri kept writing every day for three months, without sleeping, in fact, and wrote a novel in two volumes. He reread it over and over again, and Mehmet Nuri’s forgotten smile reappeared on his face. « It’s the best thing I’ve ever written, » he thought to himself. Even at the first publishing house, the editors were amazed to read the manuscript. Unlike what Mehmet Nuri had sent them before, the narrative style and presentation of the story here were very successful.

The novel was entitled « Plane Tree » (apart from a tree, « Plane Tree » was also Selim’s last name). Mehmet Nuri portrayed the family as a Plane Tree, and his language did not resemble that of Mehmet Nuri before. At first, the book did not generate much interest, but after a respected columnist recommended it, it briefly entered the bestseller list. Thus, in the middle of his life, after his forties, Mehmet Nuri experienced an inexperienced happiness. For the first time, his children and wife saw themselves as family in the eyes of Mehmet Nuri. As if he was literally reborn, all his cells came to life. The book became two volumes and was a great success. It was issued many times and broke sales records. Mehmet Nuri gave interviews for newspapers, literary magazines, a series was shot based on his book, and it became very popular. He bought a house for the family and a car for his wife. The sale of the second volume was also going well, and the publisher immediately required a third volume. Readers were curious about the sequel, and were happy to have discovered a new writer. Mehmet Nuri, with the chance to earn money from his writing, even though it was too late, had learned to hold his dreams in his hands, but he still lacked the courage to write something new. He wrote the story of Selim’s family as he knew it, and now he realized that he didn’t know the story of the third volume. He tried to write other things, but his mind was still in « Plane Tree » about Selim’s father. Both, the publisher and readers were expecting a sequel.

Mehmet Nuri regretted not shouting at Selim at the market back then, sense of guilt was eating away his soul, touching his most painful points, and keeping his whole body chained. He started going to the market every weekend where he met Selim, waiting in a corner across the lemon stall he was selling, hoping to see him again.

Looking at the stall of lemons that he had left behind, Mehmet Nuri felt like a thief and his soul became embittered. He tried to search for Selim on social networks, through former high school classmates, but found nothing about him, no information. The publishing house pressed him for the third volume, every night he would sit down and try to write something, but he would greet the morning without writing a word. To cut himself off from the novel « Plane Tree », he wrote several short stories. The publishing house didn’t like them, after the novel they considered them poor.

Mehmet Nuri gradually returned to his previous state, began to spend the whole day waiting in the emptiness of his office. This emptiness seeped through the walls of the entire house, touched his wife and children, but did not spread out into the streets and boulevards, but crept back into his soul; his soul swelled and inflated.

Eventually, the publisher lost all hope of getting a third volume. Three years had passed since the first edition. For advertising purposes, the novel « Plane Tree » was sold at a third of its price in bookshops. During the first edition, the publishing house received piles of letters and e-mails. Mehmet Nuri read them carefully and answered each one, even with a delay of a month. Their content was always the same, everyone was waiting for the continuation of the novel, and praised Mehmet Nuri as a late discovered talent. He used to read the first sentences of the letters, and those that spoke of the anticipation of the third volume, he did not read them.

Three letters arrived from the publishing house. He used to read the letter first and then to look who wrote it and where. He would read the introductory words of the first two letters and left them. He took the last one and started reading it. From the very first sentence, the breath of his soul escaped into the void, and without reading it, he looked for the sender’s name.

Sender: Selim Çinar, California, USA

« Dear high school friend Mehmet Nuri,
I hope everything is going well for you and that your life is going well. It wasn’t easy to find you, my desk-mate. You weren’t on social media, and our old friends didn’t have your phone number or address. In fact, I had to guess that someone like you wouldn’t have a network account. I’ve been living in America for twenty years now, more precisely, the whole family came here as soon as I graduated. It’s been twenty years since I’ve been back to my homeland. That’s why I read your novel too late. I heard about it by chance during a conversation with a friend, and I immediately ordered it online. I looked at the back cover and I was terribly surprised – my desk-mate.

I saw  » Plane Tree » Family, the name of my father, my sisters and my big brother. I was very surprised, believe me. You used to come to our house to do your homeworks, we spent hours together, but I was shocked that after so many years, you remembered our names, and especially that you used them in the novel.

Dear high school friend, your novel is impressive and successful, I would like to mention this first. I was even very moved… But I also want to point out that I can only dream that our family history was like that for real; that my late father was the sensitive man you described, for real. I can only dream of a family like the one in your novel – like a plane tree, deeply rooted, capable of unity. As soon as I read your novel, I called my little sister, whom I hadn’t seen for a long time, and spoke to my big brother; thank you very much for reminding me how important this is.

My dear high school friend, except for the names, none of the stories or feelings you describe correspond to our family. This is a masterpiece of a novel. I don’t know why you used our names; I’ll be happy if you tell me.

My dear high school friend, I am looking forward to the third volume. I can’t wait to read the feelings that I never had.

With Love.

Mehmet Nuri finished reading, took out a piece of paper and a pen, and took a deep breath to write the third volume. He wrote the first sentence, and then the whole novel started pouring out on the white sheet of paper in front of his eyes. Probably his twin brother was helping him, without notice…

Birbirimizi anlamanın yeri ve zamanı yoktu.” – « There was no time or place for understanding each other. »

Traduit par Özlem et Faryal avec la participation Carole et Roselyne

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